Livres conseillés par les membres du forum

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toto78
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#651 Message par toto78 » 29 déc. 2016, 20:45

Excellent livre sur l'économie. Très riche, très bien écrit, très pertinent, et en plus très drôle. Ah j'allais oublier : peut être très utile.

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L'élite intellectuelle se prétend intelligente (Maurizio Ferraris)
Il faudrait que cesse en France l'idée qu'être diplômé c'est être intelligent (Emmanuel Todd)

Madi94
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#652 Message par Madi94 » 30 déc. 2016, 00:47

Des avis sur elena ferrante - l amie prodigieuse (4 tomes)?
Le 3ème traduit en français sort la semaine prochaine .... je me demande pq autant de temps alors qu en anglais le 4 eme tome a été traduit en 2015.

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pangloss
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#653 Message par pangloss » 03 janv. 2017, 03:44

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“Il n’y a pas de solution au problème du chômage. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de problème“. C’est avec ce genre d’affirmation, provocatrice, que le sociologue Raphaël Liogier, surtout connu pour ses travaux sur les religions et sur l’islam en particulier, risque de susciter des malentendus : une posture dont il semble s’amuser lui-même, soucieux de bousculer le débat public et de déconstruire beaucoup de ses idées reçues. Déplaçant le curseur de ses recherches centrées sur les fractures culturelles dans les sociétés contemporaines (les logiques sectaires, le mythe de l’islamisation, les populismes…), l’auteur se penche ici sur la question sociale et économique.

Une économie destructrice

Pour esquisser le cadre possible, quoique fragile, d’un nouveau modèle de société, enfin libéré de la question du chômage de masse. Dans son essai, Sans emploi, Raphaël Liogier, prend acte des échecs à répétition des politiques publiques sur la question de l’emploi depuis quarante ans ; des échecs qui reflètent selon lui “le refus d’accepter l’irrésistible réalité de la réduction progressive de la part du travail humain dans le système de production“.

Sa réflexion, secrètement nourrie des travaux de penseurs de la question sociale, s’accroche à une conviction : le fait que comme l’écrivait déjà André Gorz au début des années 1990, “l’économie n’a pas pour tâche de donner du travail, de créer de l’emploi“. La mission de l’économie est plus de “mettre en œuvre aussi efficacement que possible les facteurs de production, c’est-à-dire de créer le maximum de richesses avec le moins possible de ressources naturelles, de capital et de travail“, précisait Gorz. C’est ce modèle de société que défend Raphaël Liogier, persuadé que le vrai progrès social, “c’est d’en finir avec le travail tout court“.


Et écouter






Le christianisme des origines

Lorsque nous pensons le christianisme par rapport au judaïsme, nous essayons en général de sisir les innovations métaphysiques de la
religion fondée par le Christ et saint Paul. Deux concepts latents mais jamais dominants dans le judaïsme préchrétien, l'immortalité de
l'âme et l'ouverture aux non-juifs, viennent immédiatement à l'esprit. La citaton de Tacite présentée ci-dessus contient ces deux
éléments puisqu'elle cible les convertis au judaïsme et évoque l'immortalité de l'âme des guerriers ou des suppliciés. On peut
d'ailleurs parfois si elle concerne les juifs ou les chrétiens, alors peu distincts.

Selon Flavius Josèphe, les sectes juives différaient dans leurs idées sur l'immortalité : Esséniens ou Pharisiens affirmaient celle de
l'âme des Justes, mais les Saducéens la niaient. Pour lui, tous sont Juifs. Par de nombreuse sources, nous savons de plus que les
conversions au judaïsme furent fréquentes à divers moments de l'Antiquité. L'immortalité de l'âme et la conversion des non-juifs
n'auraient donc pu, au fond, constituer que des options internes au judaïsme et ne faire du christianisme qu'une secte parmi d'autres.

En revanche, le rejet chrétien de la circoncision et des interdits alimentaires, s'il nous éloigne de la métaphysique, nous rapproche
d'une perception sociologique de la religion. Indépendamment de toute conception de l'au-delà, l'abandon de la circoncision et des
interdits alimentaires abolissent la notion d'une frontière du groupe juif.

Que donne la confrontation entre les deux religions, la mère et la fille, quand nous observons les conceptions familiales ?
Le christianisme est issu d'un milieu juif, inséré dans le monde gréco-romain, et son association initiale à la famille nucléaire n'a
jamais posé de problème d'interprétation. Il a même souvent été noté que les Evangiles radicalisent le trait nucléaire de la famille
idéale. Le message de Jésus est explicitement antifamilialiste:" le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant; Les
enfants s'élèveront contre leurs pères et leurs mères, et les mettront à mort, et vous serez haïs de tous à cause de mon nom; mais
celui qui persévèrera jusqu'à la fin sera sauvé." A ce stade cependant, ainsi que nous venons de le démontrer, la nucléarité chrétienne
n'est toujours qu'une nucléarité juive.

Les études de sociologie historique, qui s'efforcent de modèliser avec rigueur la croissance quantitative du christianisme dans
l'Empire romain, admettent une contribution massive des convertis venus du judaïsme, et ceci juqu'à une date beaucoup plus avancée
qu'on ne l'admet en général. Rodney Stark a mis à profit sa connaissance de la sociologie des sectes américaines pour comprendre la
basse Antiquité. Il considère qu'au milieu du IIe siècle EC, l'Eglise était encore dominée par des croyants ayant des racines juives et
évalue à 20% le taux de conversion des juifs de la diaspora. Il a été suivi par Maristella Botticini et Zvi Eckstein, précédemment
cités pour leur contribution à l'histoire de l'éducation juive, qui voient dans ces conversions au christianisme l'une des causes
majeures de l'effondrement numérique du peuple juif entre 65 EC et 650 EC. Stark imagine plutôt des juifs hellénisés de la dispora se
convertissant, Maristella Botticini et Zvi Eckstein des paysans de Judée effrayés par le coût de l'éducation exigée par Josué ben
Gamla. Le modèle Botticini-Eckstein contribue efficacement à une explication de la quasi-disparition du peuplement juif de Palestine.
Mais la coïncidence géographique entre la carte du premier christianisme et celle de la diaspora juive du Ier siècle donne pour
l'essentiel raison à Stark. Le voisinage, jusqu'à la fondation de l'Etat moderne d'Israël, de communautés juives et chrétiennes aux
extrémités de la sphère du christianisme antique, en Ethiopie et au Kerala en Inde du Sud, évoque bien un christianisme sorti du
judaïsme de la diaspora, c'est-à-dire une matrice anthropologique essentiellement juive du christianisme.

Innovation chrétienne 1 : l'exogamie radicale

Nous devons noter cependant, que la première représentation chrétienne de la famille - le couple et ses enfants, la valorisation de la
femme - conjugue et cristallise toutes les évolutions en cours dans l'Empire romain des premiers siècles de notre ère. Avant même
l'émergence du christianisme, on l'a vu plus haut, Juifs, Grecs, Egyptiens et Latins semblent tous embarqués dans une commune réversion
de la famille vers son stade nucléaire, et de la parenté vers son stade indifférencié. L'égalité d'héritage des garçons et des filles
dans le code Justinien de 533 conduirait d'ailleurs à évoquer un système de parenté explicitement bilatéral, plutôt qu'indifférencié.
L'égalité d'héritage des garçons et des filles dans le code Justinien de 533 conduirait d'ailleurs à évoquer un système de parenté
explicitement bilatéral, plutôt qu'indifférencié, parce qu'il affirme l'égalité des côtés paternel et maternel.

La dynamique anthropologique initiale, nucléaire et bilatérale, est donc familiale plutôt que religieuse. La vision chrétienne
nucléaire de la famille a toutefois accentué le mouvement familial. Nous sommes ici confrontés à un cas typique de coévolution de la
famille et de la religion. La religion chrétienne renforce ou protège le type familial nucléaire. C'est pourquoi les anthropologues
retrouveront, au XXe siècle, dans les groupes chrétiens les plus éloignés et isolés, chez les chrétiens du Kerala comme chez les
Amharas d'Ethiopie, une famille toujours nucléaire dans un environnement qui ne l'est plus. Le renforcement du type anthropologique par
la religion concerne aussi le mariage : le premier christianisme innove par une exogamie radicalisée. Ici, il se sépare clairement du
judaïsme, dont l'exogamie est tempérée. Mais nous allons une fois de plus trouver un point de départ non-religieux, romain, à la
dynamique anthropologique.

Le tabou chrétien sur le mariage consanguin est un principe dynamique qui progresse avec le temps. L'Eglise restreint par ailleurs
aussi la possibilité d'unions avec des parents par alliance. Tenons-nous-en ici à la parenté par le sang. D'abord limité aux cousins
germains, l'interdit est étendu aux issus de germains lors des conciles d'Epône de 517 et de Clermont de 535. En 721, le concile de
Rome cible toute la parenté, en pratique jusqu'au septième degré de la computation romaine. La fièvre retombe ensuite, calmée par le
caractère inapplicable de la phobie. En 1215, le concile de Latran ramène l'interdit aux seuls issus de germains.

L'obsession chrétienne de la consanguinité est cependant antérieure à cette législation conciliaire. Saint Augustin avait été, on l'a
vu, un abthropologue particulièrement créatif sur le sujet. On trouve dans La Cité de Dieu (rédigée entre 413 et 426), un long
développement sur l'élargissement historique du tabou de l'inceste, qui préfigure Claude Lévi-Strauss lorsque le père de l'Eglise
d'Occident définit l'exogamie comme un indispensable agent d'extension des liens sociaux entre les hommes. Une génération plus tôt,
Ambroise de Milan, son modèle, avait déjà écrit sur l'interdiction du mariage entre cousins. Mais lui se présentait comme le
continuateur d'une dnamique amorcée par le pouvoir impérial plutôt que par l'Eglise. Dès 295, Dioclétien avait en effet interdit le
mariage entre oncle et nièce (fille de la soeur). Dans une lettre de 393 à son ami Paterne, Ambroise fait aussi allusion à un édit de
l'empereur Théodose, situable entre 379 et 395 mais aujourd'hui perdu: "En effet, l'empereur Théodose interdit aussi aux cousins
germains par le pére et par la mère de s'unir en mariage." Dynamique de l'Etat, ou de la société dans ses tréfonds ? L'Eglise en tout
cas n'est pas à l'origine du mouvement vers l'exogamie radicale, même si elle le prend en charge et lui donne toute son ampleur entre
le VIe et le siècle. On peut ici à nouveau, comme dans le cas de la bilatéralité, parler de coévolution, d'une dynamique familiale
initiale renforcée par la religion.

La monogamie occidentale est un autre point d'application, même si la monogamie était déjà absolue, c'est-à-dire non tempérée, chez les
Grecs et les Romains. L'Eglise en fit quand même un élément central de sa doctrine, imposant avec énergie et constance aux envahisseurs
germains l'abandon de la monogamie tempérée qui les caractèrisait. La cultue juive ashkénaze, née dans les vallées de la Moselle et du
Rhin aux Xe et XIe siècles, renonça aussi à la polygynie occasionnelle autorisée par la Bible.

Innovation chrétienne 3 : le féminisme

J'ai evoqué plus haut l'élévation du statut des femmes dans le monde hellénistique, romain, à partir du IIe siècle AEC. Ici encore, la
mutation féministe chrétienne apparaît d'abord comme l'effet du mouvement de la structure familiale avant de devenir cause de son
accentuation. En vérité, statut élevé des femmes, monogamie absolue, bilatéralité et exogamie radicale constituent une totalité
systémique en mouvement.

Le rôle des femmes dans la conversion au christianisme des classes moyennes et supérieures de l'Empire romain est un lieu commun
historique. Son symbole central est l'irrésistible émergence de Marie dans le culte catholique. Alexandre d'Alexandrie, le premier, la
définit comme "théotokos" (mère de Dieu), en 325, titre confirmé par le concile d'Ephèse en 431.

Peter Brown, repris sur ce point par Rodney Stark, a donné un vision particulièrement détaillée du rôle de la femme chrétienne. Elle
aurait été une porte d'entrée dans la famille païenne, et nombreux sont les maris "suiveurs" dans les récits de conversion. Selon
Brown, la prédominance des femmes dans le nouveau mouvement religieux est visible dès 200 EC. L'Eglise incite les veuves, souvent
jeunes alors, à rester chastes et à ne pas se remarier. Lorsqu'elles sonr riches, elles deviennent pour le clergé chrétien des
bienfaitrices.

L'action spécifique des femmes sera confirmée pendant la conversion de l'Euroe barbare, germanique ou slave indifféremment. Au rôle de
Clotilde dans le choix de Clovis en 498 répondra celui d'Olga de Kiev en 957, même s'il faut attendre son petit-fils Vladimir (980-
1015) pour que les couches dirigeantes de la Russie kièvienne acceptent le christianisme.

Notons que la conversion de la Russie de Kiev au christianisme est antérieure à l'acquisition par la Russie de Moscou de la
patrilinéarité, et antérieure à la conquête mongole. Le communautarisme patrilinéaire russe ne sera pleinement réalisé en milieu paysan
qu'entre le milieu du XVIIe et celui du XIXe, soit sept ou huit siècles après la christianisation. On peut imaginer que le trait
féministe du christianisme, cristallisé dans un culte marial orthodoxe qui n'a rien à envier à son homologue catholique, a freiné la
progression du trait patrilinéaire russe. Le féminisme orthodoxe contribue ainsi à une explication du paradoxe de la culture russe : la
combinaison d'une organisation familiale patrilinéaire pleinement développée avec un statut des femmes qui reste élevé.

Comme le note Peter Brown, le christianisme rompt avec la patrilinéarité religieuse et éducative du judaïsme. Les rabins restent
fidèles, quant à eux, à une conception de l'étude de la Torah qui exclut les femmes. Mais la séparation du christianisme et du judaïsme
devient vraiment spectaculaire pour tout ce qui concerne la sexualité. Le chritianisme invente la notion d'une sexualité en elle-même
mauvaise, et qui doit être limitée ou abolie.

Innovation chrétienne 3 : l'antisexualité

Le judaïsme s'était oposé à des pratiques sexuelles et familiales gréco-romaines relativement laxistes, ou plus vraisemblablement
proches de celles de l'homo sapiens originel. La moralité religieuse juive condamne l'adultère, l'homosexualité et l'infanticide. Mais
le judaïsme du début du Ier millénaire était essentiellement familialiste et il ne rejetait pas la sexualité en tant que telle. Car il
faut bien l'admettre, l'acte sexuel est alors nécessaire à la procréation, et ainsi qu'il a été noté, la Bible est nataliste :
"Croissez et multipliez".

Le christianisme a repris cet héritage. Il a converti le monde gréco-romain à une morale familiale de type juif, protectrice des
enfants. Il a aussi bénéficié très tôt, comme le judaïsme, ainsi que l'a remarqué Rodney Stark, d'un avantage compétitif de fécondité
par rapport au monde païen qui, toujours prêt à se débarrasser des enfants non désirés, vivait sous la menace constante de la
dépopulation. Mais l'Eglise va plus loin que les rabbins, ou plutôt ailleurs : la sexualité elle-même est définie comme mauvaise.
Abstinence et ascétisme constituent pour l'Eglise de l'Antiquité un vaste champ d'expérimentation qui inclut l'invention du monachisme
de masse. L'instinct sexuel cesse d'être une promesse de vie, il devient un symptôme de l'incapacité de l'homme à s'élever au-dessus de
sa condition animale. renoncer à la sexualité, ce sera donc affirmer la libeté de l'home face à ses pulsions (nous sommes ici très loin
d'une conception soixante-huitarde de la sexualité comme "libératrice"). Pour les femmes, la chasteté sera aussi, indépendamment de
toute métaphysique, le moyen d'échapper aux risques de la grossesse et de l'accouchement, c'est-à-dire, dans le contexte de l'époque,
d'obtenir une amélioration considérable de leur espérance de vie. L'âge au mariage des femmes de la haute société romaine s'élève en
milieu chrétien et leur mortaité baisse, mecaniquement.

Ici, nous pouvons parler d'une religion radicalement innovatrice : la définition de l'homme et de la femme chastes comme supérieurs, en
essence, aux couples mariés qui assurent la reproduction de l'es^pèce, est une mutation d'une très grande violence. Nous verrons au
chapitre suivant comment elle a fini par affecter, à partir du XVIe siècle, le fonctionnement des structures familiales d l'Europe
chrétienne, que celles-ci soient nucléaires, souches ou communautaires.

La mutation anthropologique chrétienne est, on l'a dit, une totalité : chasteté, féminisme, monogamie absolue, exogamie radicale
marchent de conserve. Sans oser explorer le lien psychique profond entre chasteté et exogamie - les deux éléments qui apparaissent a
priori le plus éloignés dans l'énumération constatons que saint Augustin lui-même les associait d'instinct :
"Aussi le monde étant déjà peuplé, ils n'épousaient plus leurs soeurs, soeurs de père ou de mère, ou de père et de mère, et toutefois
ils aimaient à prendre femme dans leur famille. Or, qui peut douter qu'il soit plus honnête aujourd'hui de prohiber le mariage même
entre cousins ? et non seulement pour les raisons précédemment alléguées, afin de multiplier les affinités, dans l'intérêt de la
fraternité humaine, au lieu de les réunir sur une seule tête ; mais encore parce qu'il est un noble instinct de pudeur qui, en présence
de personnes que la parenté nous ordonne de respecter, fait taire en nous ces désirs dont nous voyons rougir même la chasteté
conjugale".

Innovation chrétienne 4 : la pauvreté comme expérience limite

La constellation mentale chrétienne contient une étoile innovatrice supplémentaire, inattendue parce qu'en apparence fort éloignée de
l'anthropologie du couple : l'amour des pauvres. Le judaïsme avant le christianisme, et l'islam après lui, se préoccupent du sort des
hommes en difficulté économique. Mais le christianisme a vraiment fait de la déchéance sociale une obsession. Il semblait même en avoir
besoin. Peter Brown, qui a étudié, successivement, la conception de la sexualité des chrétiens du Bas-Empire et leur rapport à la
pauvreté, a été frappé par l'interaction des deux éléments dans le système mental en émergence :

" (...) A la fin du iVe siècle et au Ve siècle, les défenseurs les plus déterminés du christianisme attiraient l'attention sur les
états les plus extrêmes de la condition humaine. Ce n'est pas par hasard que le torrent de prêches sur la main tendue aux pauvres a
coïncidé avec la soudaine valorisation des formes totales de la renonciation sexuelle - de la virginité, du retrait monastique, et
même, dans certains cercles, du célibat des prêtres. (...) La main tendue aux pauvres, d'une part, le choix de la virginité ou du
célibat, d'autre part, étaient également des actes contraires au fond normal de la nature humaine. Dans les deux cas, un élément de
démesure héroïque démontrait la supériorité surnaturelle de la religion chrétienne, capable d'inspirer à ses adeptes des choses aussi
incroyables que le renoncement au sexe ou l'amour des pauvres."

La croissance stratégique du groupe chrétien eut lieu au sein de ce qu'on pourrait appeler la classe moyenne urbaine de l'Empire. La
classe supérieure n'a "envahi" l'Eglise qu'après qu'elle eut obtenu son monopole d'Etat. Mais il ne s'agissait, ni pour l'une, ni pour
l'autre, de devenir pauvre, même dans le cas des chrétiens et chrétiennes fortunés qui faisaient don de l'essentiel de leurs biens à
l'Eglise. Ces gens raisonneblement à l'aise ou très riches firent des pauvres, êtres perçus comme physiquement dégradés, un symbole
d'humanité et un objet de charité. Ceci représente une rupture absolue avec l'idéal gréco-romain, plutôt porté à la glorification des
corps bien nourris et en bonne santé.

Identifier, comme le fait Brown, un même extrêmisme dans les conceptions sexuelles et sociales des chrétiens est capital. Ce très grand
historien nous fait sentir pourquoi cette double radicalité était nécessaire à la croyance en la résurrection du Christ et en sa nature
divine. Mais nous devons aussi comprendre pourquoi cet extrêmisme, à bien des égards effrayant, n'a pas fait obstacle à l'expansion du
groupe chrétien. Comment l'horreur de la sexualité et l'amour des pauvres, considérés jusqu là comme physiquement répugnants, ont-ils
pu attirer tant de gens que les historiens du milieu du XXe siècle auraient définis comme des bourgeois de province ? 10% seulement des
habitants de l'empire romain, certes, étaient chrétiens à la veille de l'établissement de l'Eglise catholique comme religion d'Etat par
Constantin entre 312 et 337, puis par ses successeurs. Mais ramené à la seule population urbaine, cette proportion était importante.

Le Paradis est-il la vraie récompense

Le christianisme promet aux justes la vie éternelle, dont la résurrection du Christ est le symbole. Nous avons vu que le judaïsme, sans
être formellement hostile au concept d'immortalité de l'âme, était plutôt sceptique, ou plutôt en faisait un élément secondaire de la
doctrine. Ses sectes variaent sur ce point, sans que leur désaccord théorique exclue l'une ou l'autre de ce qui constituait alors "le
judaïsme". Comment faire alors de la croyance en la vie éternelle le véritable moteur de la conversion au message de Jésus ?

Dans cette recherche d'anthropologie historique, il est plus raisonnable de saisit la dynamique de la foi sur Terre, et de partir de
l'observation élémentaire qu'une religion n'est pas seulement une croyance personnelle, mais surtout le partage d'une croyance par un
groupe d'hommes, sur Terre. Admettons donc qu'avant de récompenser au ciel, une religion récompense ici-bas. Nous devons comprendre
pourquoi l'ascétisme sexuel et l'amour des pauvres, déviances extrèmistes pour l'Antiquité, ont procuré aux individus constituant le
groupe chrétien une rétribution positive de leur vivant.

Poser la question aujourd'hui, dans un monde occidental qui valorise sur le plan idéologique le sexe et la richesse, est capital. Pour
nous, ascétisme sexuel et amour des pauvres sont désormais, à nouveau, des déviances extrémistes incompréhensibles, à classer peut-être
au rayon des conduites simplement masochistes. Aujourd'hui, la liberté sexuelle et la bourse règnent. C'est ici que le travail de
Rodney Stark s'avère essentiel.

Influencé par l'école du choix rationnel, celui-ci a pu comprendre que les croyances et les conduites aberrantes des groupes religieux,
masochistes ou non, et l'opprobre qu'ils attirent sur leurs membres, peuvent être pour les individus plus que compensées par la
cohésion du groupe induite par la stigmatisation. Le coût psychique de l'appartenance à une religion, exigeante pour soi-même mais
ridicule pour le monde extérieur, est tellement élevé que les individus qui y adhèrent peuvent être certains d'appartenir à un groupe
de gens exceptionnellement fiables. La loyauté interne du groupe est la vraie récompense de l'individu croyant. Cette gratification est
immédiate, plus sûre et tangible que la promesse de l'au-delà. L'argumentation développée par Stark s'applique aux premiers chrétiens
ou aux mormons des Etats-Unis, mais on voit à quel point elle peut aussi contribuer à une meilleure compréhension de la survie du
peuple juif, qui n'apparaît plus alors comme ayant persisté dans l'histoire malgré la persécution mais par la persécution.

Nous pouvons reformuler ceci dans une perspective durkheimienne. Ce que l'individu trouve dans les groupes religieux monothéistes et
bizarres de l'Antiquité tardive - qu'ils fussent circoncis et refusent de manger du porc, ou dégoûtés par la sexualité et fascinés par
la dégradation du corps des pauvres -, c'est l'appartenance à un groupe humain moral. Dans le chaos des grandes villes antiques -
Alexandrie, Antioche ou Rome -, le judaîsme puis le christianisme furent, ainsi que le dit Stark, des refuges. Le chrstianisme offrait
certes, pour plus tard, la vie éternelle, à laquelle les adeptes pouvaient croire ensemble. Mais ce qu'il donnait immédiatement,
c'était la fin de la solitude, l'appartenance à un monde solidaire, et très concrètement la sécurité psychique et même économique. Les
Evangiles, si on les lit sans préjugé, vendent la mèche : on y trouve une lonngue suite de miracles alimentaires et médicaux qui
evoquent une meilleure vie terrestre plutôt que la vie éternelle.

Le judaïsme ne promet pas en général la vie éternelle, mais il a nourri chez ses fidèles de l'Antiquité et du Moyen Age un courage et
un mépris de la mort qui n'ont rien à envier à ceux des martyrs chrétiens. Sa solidité suggère qu'homo sapiens a, au fond, plus peur
de la solitude que de la mort.

Les deux monothéismes et leurs familles

Dans le cas du judaïsme comme dansc celui du premier christianisme, nous constatons donc une association à la famille nucléaire, forme
anthropologique moins capable que le clan patrilinéaire d'assurer, dans le contexte de l'urbanisation sauvage de l'Antiquité tardive,
la sécurité mentale et physique de ses membres. Rien ne nous interdit d'associer à cette famille nucléaire l'individualisme religieux
et la responsabilité morale chères à Baruch Halpern, cité plus haut. La famille juive de l'Antiquité n'était certes pas tellmenent plus
nucléaire que celle de l'homo sapiens originel, mais nous devons à lui aussi reconnaître, avec Darwin, une moralité individuelle. La
première théorie de la sélection naturelle avait souligné, avec bon sens, qu'une moralité du groupe humain de base était nécessire à sa
survie et qu'elle constituait, dans le règne animal, un avantage compétitif. L'altruisme de l'individu, au sein du groupe, n'a pas
attendu la civilisation pour se manifester chez l'homme, ainsi que l'avaient souligné les darwinienns de gauche du début du XXe siècle.

Bien avant Darwin toutefois, Ferguson avait montré, chez homo sapiens, le lien entre la moralité des individus qui constituent un
groupe local et les conflits internes à l'espèce humaine en général, ainsi qu'il a été dit plus haut.
Avec les religions monothéistes de la fin du monde antique, nous devons donc envisager une modification et une intensification de la
morale du groupe en milieu urbain plutôt que son apparition. Notons pour le judaïsme et pour le christianisme quelques éléments
communs, et centraux du point de vue des conduites familiales : le rejet de l'adultère, de l'homosexualité et de l'infanticide. On ne
voit pas trop, en revanche, comment l'ajout chrétien d'une vision négative de la sexualité et la valorisation de célibat qui en a
résulté pouraient constituer des additions à la morale. Le refus de procréer contient en effet un élément antisocial.

De façon plus générale, la définition du groupe et, en son coeur, du rapport de la famille à la parenté n'est pas la même pour les
juifs et pour les chrétiens.

Le judaïsme inclut un principe de fermeture du groupe ethno-religieux. Le judaïsme a de plus gardé vivant, autour de la famille
nucléaire, le réseau de parenté indifférencié et ses solidarités. On ne peut guère parler d'individualisme absolu dans ce monde de
frères, de soeurs et de cousins. Ce réseau de parenté riche et chaleureux n'aurait toutefois pu se passer, pour sa survie en milieu
urbain, du ciment fourni par une croyance religieuse séparatrice. A nouveau, famille et religion apparaissent solidaires, et en
coévolution.

Le premier christianisme militait pour un groupe ouvert et expansif. Son idéal de la famille nucléaire fut d'emblée plus féministe,
bien normé our l'égalité des enfants et par une règle d'exogamie absolue qui attaquait le réseau de parenté indifférencié.
L'impossibilité absolue du mariage entre cousinsavait pour but explicite la dlution du groupe de parenté. On peut donc, dans le cas du
christianisme, évoquer un pas en avant dans la nucléarité. On pourrait évoquer un individualisme plus fort si la contrepartie évidente
du rétrécissement de la parenté active n'avait pas été la montée en puissance d'une formidable bureaucratie cléricale, aspirant pour
elle-même à la chasteté mais chargée d'administrer la vie sexuelle et le mariage de la masse des croyants.

Dans le cas du judaïsme, la nucléarité implique un niveau assez élévé de responsabilté individuelle, mais le caractére tempéré de
l'exogamie autorise une conception fermée du groupe; le rêve de primogéntue de la Bible nourrat quant à lui l'idée d'une
différenciation des groupes humains. Les frères sont solidaires mais ils ne sont pas "égaux" dans la famille juive, qui rêve du droit
d'aînesse même si elle ne le pratique pas. Comme les frères, les peuples sont doncperçux comme différents. La tendresse de a Bible (lue
ici entant que teexte idéologique) pour les cadets indique cependant à quel point la différence - entre frères, puis entre peuples - ne
peut mener à la domination, situation il est vrai peu accessible à un peuple partout minoritaire et le plus souvent opprimé.

Mais ce serait, je pense, une erreur de ne trouver dans la Bible que du différentialisme et de ne pas sentir que l'individualisme juif,
combiné au rêve de primogéniture, conduit à sa manière à une conception universelle de l'homme.

Les deux étapes de l'universel

Il existe, flottant dans la conscience occidentale, la représentation commune d'un judaïsme certes monothéiste mais différentialiste
(le peuple élu) et d'un christianisme qui aurait, lui, accédé à l'universel. Le modèle peut s'appuyer sur une interprétation historique
standard : le monothéisme juif, différentialiste, une fois confronté à l'empire universel gréco-romain, aurait fini par accoucher du
monothéisme unisaliste, le christianisme. cette représentation trop simple dérive pour une bonne part du narcissisme européen, qui
réduit considérablement la profondeur temporelle et l'espace géographique de l'histoire juive. La confrontation du judaïsme à
l'universel n'a pas, en effet, commencé avec Rome. Elle lui fut bien antérieure puisque les premières visions israélites ou judéennes
de l'Empire furent assyriennes, puis néobabyloniennes. Si nous acceptons l'idée que la religion juive est née de la confrontation avec
Assur et Babylone, nous devons donc admettre que l'universalité de l'homme fut, autant que la différenciation des nations, fondatrice
pour le judaïsme. C'est la raison pour laquelle le récit biblique doone d'emblée àtous les peuples une ascendance unique, Adam et Eve,
et qu'il trace l'histoire généalogique de leur différenciation. Les peuples cousins énumérés par la Bible, différenciés par la
primogéniture - concept venu de Mésopotamie -, sont en réalité tous ceux qui furent incorporés aux empires néoassyriens et
néobabyloniens. Pour qui s'intéresse à l'empreinte familiale dans l'histoire, il est capital de comprendre que la primogéniture, si
elle sépare les frères, favorise aussi le souvenir de leur commune origine, et donc la notion d'une unité du genre humain. Elle définit
un universel ancré dans le temps, vertical plutôt qu'horizontal. Et puis restons anthropologues et, jusqu'au bout, des réalistes de la
vie terrestre : comment l'idée même d'existence en diaspora, c'est-à-dire au sein de peuples auxquels on doit faire confiance, aurait-
elle été possible pour les Juifs sans leur croyance latente, mais profonde, en l'universalité de l'homme ?

Certes, le christianisme a été plus loin dans l'universel et, si l'on ne peut retirer ici judaïsme une certaine priorité, on doit
constater un saut qualificatif avec sa religion-fille. L'Empire romain tardif présentait en effet, dans ses structures anthropologiques
fondamentales, par rapport à l'Assyrie et Babylone, une spécificité. Il semble bien que ses villes aient été dominées par un prototype
de la famille nucléaire égalitaire, celle-là même que l'on pourra observer dans une partie de l'Europe à partir de la fin du Moyen Age,
dans le Bassin parisien, en Italie du Sud ou en Andalousie. La prédominance d'appartements à Rome évoque des familles nucléaires.
L'égalité d'héritage entre tous les enfants, définie on l'a dit par le code Justinien, semble comme une préfiguration du code civil
français, qui a lui-même repris des recueils de coutumes du XVIe siècle. Le christianisme, lorsqu'il s'est imposé au-delà des
communautés juives de la diaspora, est entré dans un milieu familial dominé par l'idée d'égalité des frères, et sans doute capable de
porter plus loin l'idée d'équivalence des hommes en général. Mais, ici encore, une évolution de la famille a précédé celle de la
religion, puisque l'émergence d'une famille romaine nucléaire et égalitaire a précédé la mutation chrétienne de l'Empire.
Modifié en dernier par pangloss le 10 nov. 2017, 19:26, modifié 6 fois.
Excellente video (téléchargeable) de Hans Rosling sur l'évolution démographique au XXIème siècle: https://vimeo.com/79878808
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#654 Message par Gpzzzz » 03 janv. 2017, 07:01

pangloss a écrit :
Gpzzzz a écrit :c est vrai oui, la situation globale des humains en general va mieux.. la pauvreté recule dans le monde..

par contre ce qu oublie ce specialiste de dire c est que cela se fait au détriment des classes moyennes et populaires en occident !!
Non. Ces phénomènes sont séparés. Les difficultés des classes moyennes et populaires du mmonde développé proviennent des fuites fiscales. C'est ce système, généralisé, de moins disant fiscal, qu'il faut renverser.
Nan les fuites fiscales génèrent du deficit et de la dette..
mais ce qui met les classes moyenne et populaires au chomage ce sont les delocalisations dans les pays du tiers monde et la pression a la baisse des immigrés sur les salaires..

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#655 Message par domcat74 » 03 janv. 2017, 09:45

pangloss a écrit :Image

“Il n’y a pas de solution au problème du chômage. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de problème“. C’est avec ce genre d’affirmation, provocatrice, que le sociologue Raphaël Liogier, surtout connu pour ses travaux sur les religions et sur l’islam en particulier, risque de susciter des malentendus : une posture dont il semble s’amuser lui-même, soucieux de bousculer le débat public et de déconstruire beaucoup de ses idées reçues. Déplaçant le curseur de ses recherches centrées sur les fractures culturelles dans les sociétés contemporaines (les logiques sectaires, le mythe de l’islamisation, les populismes…), l’auteur se penche ici sur la question sociale et économique.

Une économie destructrice

Pour esquisser le cadre possible, quoique fragile, d’un nouveau modèle de société, enfin libéré de la question du chômage de masse. Dans son essai, Sans emploi, Raphaël Liogier, prend acte des échecs à répétition des politiques publiques sur la question de l’emploi depuis quarante ans ; des échecs qui reflètent selon lui “le refus d’accepter l’irrésistible réalité de la réduction progressive de la part du travail humain dans le système de production“.

Sa réflexion, secrètement nourrie des travaux de penseurs de la question sociale, s’accroche à une conviction : le fait que comme l’écrivait déjà André Gorz au début des années 1990, “l’économie n’a pas pour tâche de donner du travail, de créer de l’emploi“. La mission de l’économie est plus de “mettre en œuvre aussi efficacement que possible les facteurs de production, c’est-à-dire de créer le maximum de richesses avec le moins possible de ressources naturelles, de capital et de travail“, précisait Gorz. C’est ce modèle de société que défend Raphaël Liogier, persuadé que le vrai progrès social, “c’est d’en finir avec le travail tout court“.


Et écouter
Merci.
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#656 Message par domcat74 » 05 janv. 2017, 18:26

Vincent Nouzille auteur du livre "Les tueurs de la République" en pdf --->
http://www.fichier-pdf.fr/2017/01/05/tu ... -nouzille/

Image

"C'est l'un des secrets les mieux gardés de la République :
en son nom et sur ordre des plus hautes autorités, des tueurs sont disponibles à tout moment pour éliminer des personnes jugées dangereuses pour la sécurité nationale ou conduire des guerres secrètes contre des ennemis présumés.
Oui, la France tue parfois pour régler des comptes.
Oui, la France mène clandestinement depuis des décennies, au nom de la protection de ses intérêts, du Moyen-Orient à la Françafrique, des actions meurtrières inavouables :
vengeances d'État, assassinats en série, attentats commandités par l'Élysée, guérillas sanglantes, éradication de chefs terroristes, emploi de mercenaires sulfureux ou de services secrets alliés peu regardants...
Pour ce faire, la DGSE dispose de son Service Action et, en marge de celui-ci, d'une cellule clandestine dont ce livre retrace l'histoire.
Ses agents et des commandos des forces spéciales sont entraînés pour mener à bien ces exécutions ciblées, appelées "opération Homo" (pour homicide), ainsi que des opérations plus vastes de "neutralisation", souvent en marge des conflits déclarés.
Les présidents successifs de la Ve République, de De Gaulle à Hollande, ont, chacun à leur manière, recouru à ce type d'actions, même s'ils s'en sont défendus.
Au cours d'une enquête de plusieurs années, Vincent Nouzille a recueilli des témoignages exclusifs et des documents inédits. Des acteurs clés qui ont donné ou obtenu ce "permis de tuer" éclairent ici cette face sombre du pouvoir."



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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#657 Message par moinsdewatt » 14 janv. 2017, 20:30

Suis en train de lire ceci :

Image
Auteur(s) : Yves Christen
Editeur : Flammarion
Parution : 12/10/2011
Nombre de pages : 698
Dimensions : 17.70 x 10.90 x 3.00

Résumé :
Longtemps nous avons considéré les animaux comme ceux que la nature avait privés des qualités que nous, les humains, possédons : l'aptitude à raisonner, apprendre, communiquer, s'adapter, décoder, transmettre, enseigner, progresser... Les travaux scientifiques ont pulvérisé cette idée reçue et, depuis la dernière décennie, ils nous surprennent encore plus. Qui sont vraiment les animaux ? On les savait joueurs, blagueurs, rieurs, féroces parfois ; on les découvre tricheurs, menteurs, trompeurs, mais aussi aimants, mélancoliques ou encore émotifs, stratèges, sensibles aux intentions d'autrui, capables de respecter une morale ou d'élaborer une culture. La très grande ingéniosité des tests et l'extraordinaire diversité des observations scientifiques (éthologie, génétique, psychologie, zoologie, primatologie, neurosciences) nous révèlent les facettes de l'intelligence et de l'identité animales, et prouvent l'absurdité qu'il y a à réduire les compétences de la bête à la seule force de son instinct. Car en dépit des caractéristiques qui fondent l'homogénéité de son espèce, chaque animal est un individu à part entière, un être social unique, complexe, et par là même un sujet de droit. Des singes aux léopards, des éléphants aux antilopes, des baleines aux dauphins, l'auteur nous propose une approche de l'altérité qui apporte beaucoup au débat sur l'exploitation et la manipulation animales. Un plaidoyer fort documenté en faveur de la personne animale.

Biographie:
Yves Christen, biologiste, spécialiste de la maladie d'Alzheimer, a mené des recherches en immunogénétique dans le laboratoire de Jean Dausset à l'hôpital Saint-Louis et en immunologie à l'institut Pasteur, avant de se spécialiser dans le domaine des neurosciences. Il a notamment publié et Le Peuple léopard. Tugwaan et les siens (Michalon, 2000) et Les Surdoués du monde animal (Rocher, 2009).

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#658 Message par domcat74 » 17 janv. 2017, 10:28

J'ai écouté l'émission d'hier, je vous la recommande.
Aujourd’hui, nous recevons Mustapha Belhocine, travailleur social, titulaire d’un master à l’EHESS. Dans Précaire ! Nouvelles édifiantes (éd. Agone, février 2016), il raconte les affres de la précarité, aussi bien à l’université, que dans la succession des CDD dans diverses branches.
https://www.franceculture.fr/oeuvre/precaire
https://www.franceculture.fr/emissions/ ... -des-temps


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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#659 Message par pangloss » 25 janv. 2017, 13:05

Image Passionnant (suis en train de le lire: sacré pavé...)
Dans The Better Angels of Our Nature, Pinker démontre que la violence a diminué sur plusieurs échelles : tant au niveau de la durée des conflits que leur ampleur. Cela concerne aussi bien les guerres tribales, que les homicides, ou les châtiments cruels, la maltraitance des enfants, la cruauté envers les animaux, les violences domestiques, le lynchage, les émeutes dirigées contre une minorité, ou encore les guerres civiles et entre nations.
Pinker considère qu'il est peu probable que la nature humaine (la nature biologique de l'homme) ait changé. Il pense qu'il est plus probable que la nature humaine inclue les penchants pour la violence, mais également « les bons anges de notre nature », les penchants s'opposant à la violence. Il décrit six « grands facteurs historiques du déclin de la violence » qui ont tous leurs propres causes sociologiques / culturelles / économiques1:
« Le processus de pacification » - la montée de systèmes de gouvernement organisés est corrélation avec le déclin des morts violentes. Comme les États s'étendent, ils empêchent les luttes tribales, ce qui réduit les pertes.
« Le processus civilisateur » - la consolidation des États et des royaumes centralisés dans toute l'Europe se traduit par l'augmentation de la justice pénale et des infrastructures commerciales. Cette organisation a permis de remplacer le chaos des systèmes précédent qui pouvait conduire à des raids et des violences de masse.
« La révolution humanitaire » - Le xviiie au xxe siècle abandonne la violence institutionnalisée par l'État (le supplice de la roue, le bûcher). Un changement probablement dû à l'alphabétisation de masse qui a suivi l'invention de l'imprimerie. Un progrès qui aurait permis au prolétariat de questionner la sagesse conventionnelle.)
« La longue paix » - On imaginait au xxe siècle que cette période serait la plus sanglante de l'histoire. Elle sera au contraire une période largement pacifique : 65 années de paix depuis après la Première et la Seconde Guerre mondiale. Les pays développés ne font plus la guerre (entre eux, et dans les colonies), ils adoptent la démocratie, ce qui conduit un déclin massif (en moyenne) des décès.
« La nouvelle paix » - la baisse des conflits organisée de toutes sortes depuis la fin de la guerre froide.
« Les révolutions des droits » - La réduction de la violence systémique à plus petite échelle contre les populations les plus vulnérables (minorités raciales, les femmes, les enfants, les homosexuels, les animaux).
Hobbes avait raison, Rousseau tort...

A croiser avec Image
Modifié en dernier par pangloss le 25 janv. 2017, 13:19, modifié 2 fois.
Excellente video (téléchargeable) de Hans Rosling sur l'évolution démographique au XXIème siècle: https://vimeo.com/79878808
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#660 Message par WolfgangK » 25 janv. 2017, 13:18

L'islamophobie n'est pas plus du racisme que l'antisionisme n'est de l'antisémitisme.
Que les racistes soient islamophobes n'implique pas que les islamophobes soient racistes.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#661 Message par Immopaparis » 25 janv. 2017, 17:10

@WolfgangK

Et ben c'est gai dis donc! Ou ce n'est pas joyeux, le mot "gai" pouvant être mal interprété par des esprits mal tournés :lol:

En pratique, je vois bien les idiots utiles désarmer leur pays "parcequ'il n'y aura plus jamais de guerre touça", et se retrouver massacrés lors du conflit mondial suivant...

Les gens qui trouvaient que la Marseillaise était trop "guerrière" et que le défilé militaire était inutile, on les entendait il n'y encore pas longtemps!

Si vis pacem, para bellum.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#662 Message par WolfgangK » 25 janv. 2017, 23:23

L'islamophobie n'est pas plus du racisme que l'antisionisme n'est de l'antisémitisme.
Que les racistes soient islamophobes n'implique pas que les islamophobes soient racistes.

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#663 Message par moinsdewatt » 05 févr. 2017, 14:26

Pangloss, vu vos lectures indiquées, vous devriez étre intéressé par ceci :

Meurtre chez les Chimpanzés au Sénégal :
Mort du chimpanzé tyran Foudouko, battu à mort et mangé par sa propre tribu

31 janvier 2017
http://www.gurumed.org/2017/01/31/mort- ... pre-tribu/

Attention photo perturbante à l' intérieur.

J' ai lu le bouquin de Jared Daimond, Le Monde juqu' à hier, trés bien.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#664 Message par pangloss » 06 févr. 2017, 09:48

moinsdewatt a écrit :Pangloss, vu vos lectures indiquées, vous devriez étre intéressé par ceci :

Meurtre chez les Chimpanzés au Sénégal :
Mort du chimpanzé tyran Foudouko, battu à mort et mangé par sa propre tribu

31 janvier 2017
http://www.gurumed.org/2017/01/31/mort- ... pre-tribu/

Attention photo perturbante à l' intérieur.

J' ai lu le bouquin de Jared Daimond, Le Monde juqu' à hier, trés bien.
Oui, il est très probable que notre proximité soit beaucoup plus grande avec les chimpanzés qu'avec les bonobos (de Waal en parle dans une vidéo que je ne retrouve pas). Notre processus d''auto-domestication" est donc bien proprement culturel (la religion n'étant qu'un des moyens culturels -dépassé ?- de propagation des mèmes civilisateurs, dans l'océan immense de fictions où nous baignons désormais). A refaire, et approfondir, à chaque génération donc.

Les chimpanzés ne disposent pas du langage pour raconter et transmettre le calvaire (et inventer la résurrection) de Foudouko...ou pour transformer en épopée révolutionnaire ou en tragédie shakespearienne le meutre d'un chef abusif...
pangloss a écrit :
WolfgangK a écrit : D'où ma faible confiance en des cours de morale s'adressant à la raison. Ce qui affecte, c'est le story telling, l'art. Mais au service de règles car l'empathie ne passe pas à l'échelle.
Bien sûr. Le sens moral est plus proche de l'esthétique et de l'émotion que de la froide raison ou d'un prêchi-prêcha d'homélie (cf Wittgenstein)...


Bernard Victorri, mathématicien normalien venu à la linguistique présente une passionnante hypothèse sur notre nature d'homo narrans

http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs ... angage.pdf

La conclusion
parler pour montrer avant de parler pour démontrer
Le scénario que nous venons d'esquisser présente donc un certain nombre d'avantages
par rapport aux scénarios "concurrents" qui ont pu être proposés précédemment. D'une
part, en ce qui concerne la linguistique, il prend pleinement en compte les propriétés
spécifiques du langage humain : qu'il s'agisse de la récursivité, des marqueurs
grammaticaux du temps, de l'aspect, ou des modalités, ou encore des propriétés
sémantiques du lexique avec les mécanismes de profusion de sens que sont la
métonymie et la métaphore. D'autre part, il apporte une explication plausible à l'histoire
de la dernière étape de l'hominisation, en la mettant en relation avec l'émergence de ces
importants universaux des sociétés humaines que sont les mythes fondateurs, et en
expliquant leur rôle central dans la régulation culturelle des relations sociales
.
Mais c'est peut-être du point de vue de la cognition qu'il est plus intéressant. En effet, il
bouscule quelque peu la manière dont nous hiérarchisons spontanément nos facultés
cognitives : au premier rang, nos compétences logiques, source de notre rationalité qui
nous a permis de maîtriser les lois de l'univers, et, bien loin derrière, nos capacités
narratives, au service de notre imagination ludique et notre insatiable curiosité envers la
vie de nos congénères. Ce scénario redonne des lettres de noblesse à cette activité
narrative, en rappelant d'abord que certaines de ces histoires que les humains se
racontent ont entièrement façonné leur manière de penser et d'interagir, et, plus
prosaïquement, en insistant sur l'efficacité formidable de la narration dans tous les
domaines de l'activité humaine, y compris dans l'apprentissage des savoir-faire
techniques. Nous avons dit plus haut qu'il était pratiquement impossible d'expliquer
comment faire un nœud par téléphone. En fait, la parole peut quand même aider à cet
apprentissage, comme le montre l'exemple bien connu du nœud de chaise : "le serpent
sort du puits, il fait le tour de l'arbre, puis il rentre à nouveau dans le puits". Même pour
ce type de tâche, c'est en racontant une histoire que l'on s'en tire le mieux ! Toute la
puissance de cet "esprit narratif", ce literary mind comme le dit joliment Mark Turner
(1996), est peut-être au fondement même de notre esprit rationnel : c'est en tout cas
cette hypothèse que notre scénario pousse à explorer plus avant

Voir également Yuval Noah Harari sur la révolution cognitive dans Sapiens.


Un récit, une morale...
Après la bataille, Victor Hugo

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait: » A boire! à boire par pitié ! »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: « Caramba! »
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.
Excellente video (téléchargeable) de Hans Rosling sur l'évolution démographique au XXIème siècle: https://vimeo.com/79878808
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#665 Message par Goldorak2 » 16 mars 2017, 12:22

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mon résumé du livre

La fin de l'union européenne
un livre bilan de l'EU en 6 chapitres


chapitre 1 : un deux trois référendum puis le brexit

Le déficit démocratique de l'europe, la trahison des « élites », les échecs sont bien connus. Ils sont rappelés et détaillés dans ce chapitre.

Ce chapitre parle de l'europe supranationale qui s'est bâtie subrepticement, sans l'accord des peuples. Les peuples épisodiquement consultés par référendum ont vu leur droit de vote ignorés et ont été insultés par les « élites » en cas de refus
Malgré les référendum perdus, l'europe a continué comme si de rien n'était en attendant un nouveau référendum ou une trahison des parlementaires (dans le cas français et néerlandais)
Les anglais ont dit non en toute connaissance de cause des ravages, sur le marché anglais du travail, des travailleurs détachés en angleterre, cad du plombier polonais.




Chapitre 2 Le martyre grec et les leçons de l'échec de svirza

Démontre l'anti démocratie maladive de l'EU. Il ne peut y avoir de démocratie en Europe.
des citations de nos très éminents élites européenne
junker le 29/01/2015: dire que tout va changer parcequ'il y a un nouveau gvt à Athène c'est prendre ses désirs pour la réalité. [...] Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.
Shauble 02/2015: on ne peux pas laisser des élections changer quoi que ce soit.
Svirza se rend .
Après sa réélection de l'été 2015, Tsirpas s'engage à faire voter au parlement un nouveau train de réformes. Le neuvième. Après tout ce n'est pas parce qu'une méthode échoue avec constance depuis 10 ans qu'il faut renoncer à l'imminence de son succès. […] toute la panoplie habituelle, celle supposée fonctionner d'autant mieux que ça n'a pas été le cas dans le passé. La Grèce devra (à nouveau) réformer son marché du travail, augmenter (encore) la tva, réformer (derechef) son système de santé, tailler (une fois de plus) dans les retraites, et surtout privatiser.[...]
L'échec […] est une catastrophe pour la Grèce. Mais il a le mérite de montrer que la zone euro ne se réforme pas. Elle est ce qu'on a voulu qu'elle soit, une zone monétaire stable, d'inflation contenue, de malthusianisme budgétaire et de rigueur soutenue. Celui qui ne s'en satisfait pas doit en partir. [...]celui qui prétend changer [la zone euro] de l'intérieur et sortir de l'austérité tout en restant dans l'euro se fait briser les reins ou conduire manu militari vers la porte.
renflouement des dettes grecques en 2010 pour désengager les banques allemandes et françaises aux détriments des contribuables à qui on présentera la facture lorsque le défaut grec viendra.
Le FMI déclare la Grèce insolvable est favorable au défaut... mais reste les allemands restent intraitable et le fmi reste dans la troika
fmi a écrit :Le financement accordé à la Grèce a servi à rembourser les banques étrangères […] les réformes structurelles nuisibles à la croissance et l'austérité budgétaire ont provoqué une dépression économique […] les créanciers n'ont rien appris et ils continuent de commettre les mêmes erreurs. [...]effacement pur et simple de la dette grecque qui est totalement non viable.
livre a écrit :En mai 2016 [...]la souveraineté budgétaire est retiré d'un trait de plume. […] Mise en place de la cisaille un mécanisme d'amputation automatique des dépenses publiques qui permet, sans vote parlementaires, de diminuer le traitement des fonctionnaires, les retraites du public, licencier dans les administrations si les excédents budgétaires se révèlent en deçà de …. 3,5% du pib exigé par les créanciers pour 2018.

résultat / le cout économique et humain de la crise grecque emplafonne toutes les limites du raisonnables. 8 ans de recessions. Depuis 2010,il a perdu un quart du pib. Chômage à 24%, 50 chez les moins de 25 ans. Revenu des ménage a baissé de 25%, le salaire minimum est passé de 794 euros en 2008 à 684 euros en 2015. [...]émigration, le taux de pauvreté, mortalité infantile, taux de suicide ont augmenté. La confiance en la démocratie est réduite à rien.

Le chapitre 3 : marché unique polarisation industrielle et crise de l'euro

Ce chapitre explique la polarisation industrielle d'un territoire unifié. Un territoire économiquement unifié voit l'activité s'agglomérer dans le territoire le plus efficace (l'Allemagne) et les territoires les moins efficaces s'appauvrissent en activité puis en population.
Le livre cite les déboires Slovénie, la Grèce, l’Espagne, l’Italie... mais aussi des fait historiques anciens lors de la deuxième industrialisation de la France (chemin de fer) et la perte de population des territoires perdants.

Il décrit aussi la crise de l'euro de 2011 et les erreurs commises. Assez connue. Rien n'est réglé bien sur. La polarisation industrielle de l'europe continue.
en 'absence d’état susceptible de mener des politiques de redistribution et de compensation, que faire du marché unique te de l'euro qui menacent de transformer la Grèce et le Portugal en zones désindustrialisées et dépeuplées. Ces pays deviendront ils la creuse et la Lozère de l'Europe, les services publics en moins ? Acceptera t'on de dépenser les fonds nécessaires pour accompagner la longue et couteuse transition qui s'annonce ? Est on prêt à transformer l'Espagne en vaste éco pastorale ?

le chapitre 4 dumping unilatéralisme et parasitage : l’Europe périphérique condamnée aux pratiques non coopératives.

Montre que les pays périphériques n'ont pas le choix. Ils doivent faire du dumping fiscal pour compenser leur handicape géographique en l'absence de fond structurel (qui sont les mêmes qu'avant l'élargissement à l'est).
Politique migratoire, chacun pour soi et personne ne gère. L’Italie et la Grèce accueillent les migrants par humanité parce qu'ils sont débordés et qu'ils ne sont pas les destinataires finaux. Ils ont intérêt à faire transiter les migrants vers le nord. Le nord bloque chacun pour soi et personne n'est aux commandes. L'Europe de l'est refuse tout migrant. Merkel appelle unilatéralement les migrants et contre l'avis des autres européens.
Les migrations de travail ont été gigantesques... vers en ensuite depuis l'Europe du sud : L’Espagne (5 millions), l’Irlande (500k) et l’Angleterre ont accueilli des millions de migrants d’Europe de l'est et d'ailleurs entre 2002 et 2008. L’Europe de l'est s'est dépeuplée. Mvt inverse depuis 2008 c'est l’Allemagne et l’Angleterre qui accueillent. Chocs démographiques.
Tentative de relocation automatique de l'immigration extra européenne qui provoque la sécession de l’Europe de l'est.
Déstabilisation des marchés du travail locaux par les travailleurs détachés.

Le Luxembourg est un parasite fiscal. Le mécanisme est expliqué. L’Irlande aussi.

Chapitre 5 : déficit démocratique ou démocratie impossible
un chapitre passionnant et peu connu (en tout cas je n'en n'avait aucune idée...). Qui parle de droit, de démocratie, d'effet sociaux. j'y reviens ici
viewtopic.php?p=2199550#p2199550.

chapitre 6 rompre avec l’Europe allemande et sortir de la logique de l'affrontement.


une page :
http://lvsl.fr/fin-union-europeenne-constat-implacable

Un résumé du bouquin dans une vidéo de 13 mn par les auteurs dans le blog l'arène nue
http://l-arene-nue.blogspot.fr/2017_02_01_archive.html
Modifié en dernier par Goldorak2 le 25 oct. 2017, 08:59, modifié 7 fois.
Posts préférés : Dossier immobilier et http://www.bulle-immobiliere.org/forum/ ... 04&t=75765
Ignorés : Marie 94 s_chlaf Matthieu Brucher et libertycom

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#666 Message par moinsdewatt » 20 mars 2017, 19:25

pangloss a écrit :Si vous ne deviez emporter qu'un livre en vacances :


Une synthèse géniale et originale (histoire, éthologie, théorie de l'évolution, économie, philosophie etc...) par un historien.
Image....
Achat ! j' en suis au 2ieme chapitre. :P Et je ne suis pas en vacances.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#667 Message par WolfgangK » 12 avr. 2017, 21:44

Croisement avec le sujet sur la "Zemmourisation" :
http://www.hoover.org/sites/default/fil ... al_web.pdf
The Challenge of Dawa
Political Islam as Ideology and Movement and How to Counter It
L'islamophobie n'est pas plus du racisme que l'antisionisme n'est de l'antisémitisme.
Que les racistes soient islamophobes n'implique pas que les islamophobes soient racistes.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#668 Message par immoglobine » 16 avr. 2017, 10:06

Quelques livres sympas :

Jean Baudet : "De l’outil à la machine" et "De la machine au système"

ImageImage

Deux livres intéressants sur l’histoire des techniques ou on voit que la révolution de la productivité est beaucoup plus ancienne qu’on le pense.
(J'aime moins le dernier chapitre qui fait de la pseudo propective et qui 15 ans plus tard s'avère faux, ça ternis un peu cette super œuvre)

Kathleen Mayer : "Comment chier dans les bois"

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Derrière ce titre un peu farfelu et une seconde partie très opérationnelle vous indiquant comment créer vos propres WC autonomes. La première partie est très intéressante sur l'influence des excréments humain et la pollution qu’ils génèrent et comment ils transmettent les maladies.

Un plaidoyé écologique abordé par la lunette des toilettes. :wink:

Plus léger : Marie Kondo : "La magie du rangement"

Image

Un livre très pratique pour optimiser l’espace lorsqu’on est endetté pour 25 ans dans un T2 de 40 m². :mrgreen:
La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés qu'un objet n'est nôtre que lorsque nous le possédons.
K. Marx [Manuscrits de 1844]

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#669 Message par Goldorak2 » 27 avr. 2017, 21:34

Image

L'incroyable chapitre 5 de la fin de l'Union Européenne. Difficile à résumer...

Chapitre 5 déficit démocratique ou démocratie impossible
parle de droit, de démocratie, d'effet sociaux.

Il monte tout ce que le loi travail el komri de l'été 2016 doit à l'UE. Manifestation, fronde parlementaire, 49,3, le gvt français est passé en force.

Chaque surcroit d'intégration [en Europe] tend à renforcer « l'asservissement des états et la réalisation d'objectifs chiffrés engagés dès 1992 par le traité de maastricht »
on s'emploie à déréguler [le droit du travail] dans l'optique d'abaisser […] le cout du travail.
En effet avec l'ue, le champs de la politique nationale est réduit : pas de politique de change (euro), pas de politique monétaire (BCE), pas de politique industrielle (concurrence libre et non faussée), pas de politique commerciale, pas de politiques budgétaire (pacte de stabilité).

Reste donc le droit du travail seule marge de manoeuvre.
Mais non, l'Europe tient le crayon. L'UE dicte sa loi directement à la Grèce.
le 5/08/2011, Trichet adresse deux lettres à l'Italie et à l'Espagne. Il exige une réforme en profondeur du marché de l'emploi […] intervention de la hiérarchie des normes [...]révision en profondeur des règles concernant les embauches et licenciements. De l'espagnol, il exige une désindexation des salaires sur l'inflation. . La contrepartie de l'obéissance est l'obtention d'aide nécessaire à apaiser les spéculations sur le marché de leur dette. L'institution de Francfort a les moyens de mettre un pays de l'eurozone à la porte de sa propre monnaie sans que la pays ait les moyens de s'y opposer et sans lui laisser le temps de s'y préparer. Question dissuasion, on ne fait guère mieux.

La France sous férule joyeuse, ou l'art de marcher au pas en ayant l'air content.

[…] La France demeure le 2nd pilier du « couple franco allemand ». Peu importe qu'elle ne porte plus la culotte depuis longtemps, mieux vaut lui laisser croire que lorsqu'elle la baisse, ce qu'elle fait de plus en plus souvent, elle le fait de sa propre initiative.
[...]La réforme du droit du travail voulue et imposée par Valls est le minimum de ce qu'il faire expliquait JC Juncker en 2016. […]
Pour autant imposer avec tact demeure imposer. Et la servitude volontaire demeure la servitude. Cocue mais contente,la France ne s'en est pas moins conformée avec zèle aux injonctions de Bruxelles. Sa loi travail est un produit d'importation. Elle est contenue dans les GOPE [...]
un zoom sur les arrêts Viking et Laval... dans lesquels la Cour Européenne de Justice (CEUJ) a permis d'étriller les salariés les mieux syndiqués et les mieux organisés
au nom de la liberté d'établissement de la compagnie et de la crainte qu'un action syndicale par trop remuante finisse par rendre compliquée la perspective d'adoption d'un pavillon de complaisance que la société finisse par y renoncer. Bref, si on (la CEUJ) ne faisait rien, la grève pouvait gagner.
Arrêt Laval de la CEJU : une entreprise suédoise veut embaucher des travailleurs lettons pour rénover une école suédoise. Un syndicat suédois entreprend d'organiser le blocus du chantier pour contraindre le prestataire letton à signer une convention collective qui fixe les conditions de travail et la rémunération des ouvriers du bâtiment dans le pays. Lorsque l'affaire est portée devant la jurisprudence communautaire, celle ci saisit l'occasion de faire une nouvelle encoche dans les libertés syndicales en estimant que la pratique du blocus risquait de « rendre moins attrayante, voir plus difficile » l'importation de travailleurs à prix négociés tel que prévu par la directive 'travailleur détachés »
[...]la liberté syndicale doit être proportionnée, conditionnée et subordonnée à toute une série d'autres libertés. En particulier celle de choisir, où que l'on se trouve et quoi que l'on veuille faire, la main d'oeuvre présentant le meilleur rapport qualité-prix-innoffensivité, afin de ne pas « cloisonner le marché »
autre validation de dumping social en Allemagne (Ruffert) et au Luxembourg etc...
Les arrêts Viking, Laval, Ruffert, Luxembourg ne sont que des exemple de ce que la cour européenne peut produire. L'analyse du fond de ces décisions jette une lumière crue sur la conception éminemment rétrograde des rapports sociaux sociaux portés par la juridiction. La manière dont cette dernière s'est emparée de sujet qu ne relevaient pas strictement de sa compétence, révèle quant à elle les modalités d'un processus d'érosion démocratique sans fin. Car il ne s'agit pas d'un simple déficit démocratique il s'agit d'un vice originel de fabrication né de choix de mettre en place des structures qui n'étaient que technique mais qui ont tendance à se politiser, à s’arroger des pouvoirs sans cesse plus larges, alors même que leur décision sont irréversibles sauf à envisager de modifier les traités. Ces structures échappent par ailleurs à la sanctions des urnes ainsi qu'à tout impératif de rendre des comptes. A qui en rendraient elles puisqu'elles sont supra nationales ? Pourquoi en rendraient elles puisqu'on les a voulu indépendantes.
Quand au fond [de ces] arrêts, c'est Alain Supiot qui en a saisi toute la portée anti-démocratique. Car la démocratie ne se limite pas, en effet, au droit de vote. Quand bien même ça ne serait-ce que cela, l'UE a de toute façon témoigné au delà du nécessaire de sa capacité à invalider les résultats des scrutins. […] Le droit de grève et la liberté syndicale sont le propres des vraies démocraties, dans lesquelles l'évolution du droit n'est pas seulement imposée d'en haut, mais vient aussi d'en bas, de la confrontation des travailleurs et des salariés.
Dans les traités, l'EU ne doit pas commander les politiques sociales mais les soutenir et compléter les politiques des états membres. […]
Pour la CJEU c'est désormais assez clair : cela signifie soumettre. Il s'agit en effet de conditionner le droit du travail, le droit syndical, le droit de grève, au respect de la liberté d'établissement des entreprises ou la libre circulation des services, jugées surplombantes. Comment en irait il autrement d'ailleurs ? Comment l'Union de son propre chef et alors que ces « indépendantes », justement parce qu'elles le sont, ne rencontrent guère de contrepouvoir, résisteraient elles à la tentation d'affirmer la supériorité de ce qui est de leur ressort propre (l'ordre concurrentiel, les libertés économiques) sur ce qui leur échappe en partie (les politiques relevant prioritairement des états).
idem pour la Commission européenne
« Certains fonctionnaires de la direction générale des affaires économiques et financières parlaient au directeur du Trésor français comme s'il était un simple exécutant. C'était sidérant. On leur a dit de se calmer mais avec la crise grecque, ils ne se sentaient plus. »
Les institutions européennes, Cour de Justice, Banque Centrale, Commission se soutiennent les unes les autres... à chaque fois que l'une d'elle est en désaccord avec un état
«  Le supranationalisme au secours de lui même »
auto-saisie sur des sujets la concernant d'assez loin. Après tout, plus c'est gros, plus ça passe et sur un malentendu, ça peut marcher. De fait ça marche.
La Commission par exemple est souvent amenée à faire envoyer un état membre au piquet par la cout de Justice. L'arrêt commission contre Luxembourg illustre l'existence de jurisprudences nées de la saisine d'une des institutions européennes par une autre. La commission et d'ailleurs habilitée à saisir la Cour par les traités eux mêmes, au titre de ce que l'on appelle les recours en manquement.
[…]
l'infertilité des 3 grâces de l'eurocratie vient ainsi du fait que le travail de l'une vient souvent à produire ex nihilo de la doctrine et du droit dans le but de légitimer à posteriori l'action de l'une ou des autres
[...]ces arrêts [Van Gend & Loos et Costa Enel] sont considérés comme un coup de force providentiel et plein d'audace grâce auquel la Cour parvient à faire bien plus qu'ils ne disent, bien plus que ce que leurs signataires voulaient leur faire dire. Ils introduisent deux principes déterminants du droit communautaire : « l'effet direct » et celui de la « primauté ». Elle fait franchir un pas de géant au processus d'intégration sans en référer aux états. Sans même le plus souvent, qu'ils soient conscients des enjeux. [...]La légitimation autonome et auto-référente, celle qu'on se fabrique dans l'entre soi douillet des experts en droit, en sciences ou en fabrications de diagramme en bâton, c'est toujours plus simple, en effet que l'obtention d'une vraie légitimité véritable, celle qui se conquiert en pleine lumière, en travaillant à convaincre les citoyens.[...] La convergence des vues [Cour de Justice et Commission] est si large que le président de la Commission se croit obliger de préciser au sujet de la double jurisprudence «qu'elle n'est en rien "connivence des conspirateurs, mais concordance de la libre conviction d'institutions conscientes de leurs responsabilités dans les affaires européennes" ».
Responsabilité certes, mais responsabilités assumées devant qui ? Ces échanges de bons procédés et autres séances d’auto-congratulations communautaires flottent au dessus des parlement et gvt nationaux, qui semblent ne faire parfois que de la figuration. Les implications échappent complètement aux peuples qui ne sont pas consultés, à peine informés. Pourtant, avec ces décisions révolutionnaires de 1963-64, on ne vient pas d'interpréter le droit, on vient d'en inventer. Et pas n'importe quel droit, du droit quasi constitutionnel. Ce que l'on demandera aux électeurs en leur proposant, en 2005 des référendum sur un projet du traité constitutionnel, c'est de valider 40 ans plus tard, les effets d'un engrenage qui vient doucement de se mettre en route... au milieu des années 1960.

[…]
effet direct : les sujets des états membres sont non seulement les états membres mais aussi également leur ressortissants. Les normes européennes peuvent être invoqués par les particuliers devant les tribunaux de leur propre pays. Un état membre qui ne les respecterait pas peut être poursuivi via son propre système judiciaire par tout individu estimant qu'il ne remplit pas des obligations européennes.
[…]
Primauté : la cour de justice décide que le droit communautaire dans son ensemble doit être considéré comme supérieur à toute mesure de droit national, qu'elle soit antérieure ou postérieure. Leur engagement européen expliquent les juges, entrainent pour les états « une limitation définitive de leurs droits souverains contre laquelle ne saurait prévaloir un acte unilatéral ultérieur ».
Aux USA, véritable fédération, ce sont les règles étatiques ou fédérales les plus récentes qui s'appliquent. Pas les fédérales avant tout.
décidément la Cour de Justice est un vrai couteaux suisse. Elle interprète le droit mais auparavant, elle l'invente. Elle est tout autant tribunal que législateur. Le théoricien de la séparation des pouvoirs législateurs et judiciaires qu'était Montesquieu doit se retourner dans sa tombe.
[…]
Le proto fédéralisme de l'Union a été décidé par des juges et a essentiellement consisté, faute d'existence d'une entité politique supranationale, à ce que des fractions de légitimités soient préemptées par des institutions sans légitimité. Il a ensuite fait l'objet de refus explicite lorsqu'on s'est risqué à soumettre la fait accompli à l'approbation des citoyens français ou néerlandais, pour ne citer qu'eux. Enfin, cette fédéralisation de fait a consisté à constitutionnaliser des éléments de politiques économique, ce qui rend impossible l'exercice de la démocratie puisque celle ci consiste précisément à pouvoir changer, par le vote, les politiques publiques menées dès lors qu'elles ne sembles plus convenir aux besoins du moment.

[…]
Le propre de la démocratie est que les choix y sont révocables. C'est cela précisément, c'est cette possibilité de défaire ce qui a été fait à la faveur d'une alternance qui rend acceptable au camp minoritaire de se conformer, temporairement, et jusqu'à ce qu'il ne le soit plus, au choix de la majorité.
Existe t'il une possibilité d’alternance dans l'UE ? Assurément non. [...] Les arrêts de la Cour de Justice ont donné une valeur quasi constitutionnel. Une alternance européenne ne pourrait aboutir à un changement de politique économique qu'à la condition de réécrire les traités. [...] La révision des traités requiert l'unanimité. […] à l'heure où tous les référendum sur l'Europe se soldent par des non retentissants, on imagine mal 27 oui s'alignant dans le but de permettre une réorientation de la politique économique.
[...]
et la conclusion :
Si l'Europe tient encore ce n'est pas en dépit mais au contraire en raison de son caractère non démocratique.
Modifié en dernier par Goldorak2 le 11 oct. 2017, 08:47, modifié 1 fois.
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#670 Message par moinsdewatt » 10 mai 2017, 19:30

8 livres qui figurent dans la bibliothèque d'Emmanuel Macron


Thomas Giraudet 9 Mai 2017

.............. En reprenant des entretiens, des articles et portraits qui lui ont été consacrés, nous avons pu établir une liste — non exhaustive — de livres et auteurs préférés qui figurent en bonne place dans la bibliothèque du nouveau président français.
http://www.businessinsider.fr/emmanuel- ... s-preferes

Eh ben, euh, ...... j' en ai lu aucun des 8.

Je connais le titre Le Prince de Machiavel, mais pas lu. Et vous ?

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#671 Message par pangloss » 19 mai 2017, 14:39

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Avec Homo Deus (L’Homme Dieu), Harari précise comment l’humanité, en contrôlant de mieux en mieux son univers, est effectivement en train de connaître une très importante mutation.
Sa spéculation futuriste repose sur l’idée d’un découplage croissant de l’intelligence et de la conscience. Explication. En tant qu’organismes vivants, nous sommes des sortes de machines traitant de l’information. Mais nous avons créé des réseaux informatiques qui analysent aussi toutes les données disponibles. Or, bientôt, ces traitements de l’information établiront des diagnostics de notre situation, meilleurs que ce que nous serons en mesure d’effectuer. Ils pourront nous dire à tout moment ce qui est bon pour notre santé, ce que nous devrions faire, ce qui nous fera plaisir… En ce sens, ces algorithmes, sans devenir conscients, seront de plus en plus intelligents. Nous finirons donc par leur faire confiance et par leur déléguer notre pouvoir de décision.
Pour Harari, la liberté a toujours été une illusion. Mais, en tant que telle, elle a été au fondement du projet démocratique et humaniste. Du coup, l’abandon de notre autonomie au profit d’une optimisation de nos satisfactions signera la fin de la modernité, d’autant plus que le principe d’égalité ne tiendra plus. Les nouvelles technologies et les progrès médicaux seront en effet réservés à l’élite qui contrôlera le traitement de l’information et ses avancées pour tenter d’atteindre l’immortalité, à l’image des dieux. De manière concomitante, la disparition d’un grand nombre de métiers, supplantés par des machines, créera une énorme classe de personnes inutiles économiquement et dominées autant socialement qu’intellectuellement. Ayant perdu l’illusion de pouvoir choisir eux-mêmes leur destin, ces citoyens sans identité bien définie chercheront le sens de leur existence dans les algorithmes. Aussi Harari peut-il suggérer que le culte de l’individu souverain fera place à celui du traitement des données.
Excellente video (téléchargeable) de Hans Rosling sur l'évolution démographique au XXIème siècle: https://vimeo.com/79878808
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#672 Message par moinsdewatt » 26 mai 2017, 15:03

Il y en a qui ont lu ceci ?

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1493 : comment la découverte de l'Amérique a transformé le reste du monde
Charles C. Mann (Auteur) Paru le 9 janvier 2013 Essai (broché)

Si 1491 dressait un état des lieux des cultures précolombiennes avant la découverte de l'Amérique, le nouveau livre de Charles C. Mann a pour sujet ce que l'on appelle scientifiquement " l'échange colombien ", c'est-à-dire l'incroyable circulation de matières premières, de plantes et d'animaux qui s'est développé à partir de 1492 entre le Nouveau Monde et le reste de la planète. Archéologues, scientifiques, botanistes, entomologistes, anthropologues, géographes, biologistes et historiens ont souligné au fil des recherches récentes combien cet " échange colombien " a profondément façonné le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Ses conséquences ont été colossales sur les plans politique et humain avec la légalisation de l'esclavage des Noirs et le commerce triangulaire, mais aussi biologique : certains animaux, plantes et micro-organismes sont transplantés aux Amériques, d'autres les quittent pour le reste du monde, et ces changements écologiques ne sont pas sans conséquences. On peut dire que Christophe Colomb ne découvre pas seulement le Nouveau Monde mais qu'il crée aussi, à son insu, un monde nouveau. C'est cette histoire formidable que révèle Charles C. Mann, qui nous offre une relecture passionnante de ce moment-clé de l'histoire de l'humanité, sans réel équivalent, et qui a façonné le monde moderne. Charles C. Mann est journaliste scientifique, correspondant de plusieurs grands journaux et magazines américains. Son travail a été récompensé à de nombreuses reprises. Son précédent ouvrage 1491 a été salué par la presse et traduit dans une quinzaine de langues.
suis très tenté.

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#673 Message par pangloss » 02 juin 2017, 14:03

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Non, ce n’était pas mieux avant vient s’opposer avec force au discours catastrophiste et passéiste des médias et des politiques. S’appuyant sur des travaux scientifiques et des rapports d’ONG, l’auteur montre que l’humanité a connu une période de progrès sans précédent au cours du dernier siècle, sur tous les plans (santé, alimentation, conditions sanitaires, violence…). Cette capacité de l’humanité à améliorer son propre sort doit nous
rendre optimistes pour l’avenir !
Chaque jour, à la télévision, dans la presse, sur Internet et dans la bouche des hommes politiques, nous sommes abreuvés du même discours catastrophiste : le chômage, la pauvreté, les désastres environnementaux, la faim, la maladie et la guerre sont partout. Et pourtant… Pourtant, l’humanité a fait davantage de progrès au cours des cent dernières années que depuis l’apparition d’Homo sapiens. Pourtant, l’espérance de vie a plus que doublé au XXe siècle, alors qu’elle n’avait pas significativement évolué auparavant. Pourtant, la pauvreté a davantage reculé au cours des cinquante dernières années que pendant les cinq siècles qui ont précédé.
Quel que soit le critère considéré, on peut sans conteste affirmer que « c’est mieux maintenant ». Et il y a même toutes les raisons de croire que ce sera encore mieux… demain.
Excellente video (téléchargeable) de Hans Rosling sur l'évolution démographique au XXIème siècle: https://vimeo.com/79878808
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#674 Message par moinsdewatt » 10 juin 2017, 11:45

On a perdu Michel Onfray. Plus question d' acheter ses livres.

J' avais lu l' interview dans l' Obs, et puis il y a ça :
Les élucubrations d'Onfray
Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération — 2 juin 2017
http://www.liberation.fr/elections-pres ... ay_1574077


Il y a plusieurs années j' avais lu son '''Traité d'athéologie'' et l' avait trouvé juste passable.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#675 Message par WolfgangK » 17 juin 2017, 18:41

COMPLEXITY MANAGEMENT THEORY: MOTIVATION
FOR IDEOLOGICAL RIGIDITY AND SOCIAL CONFLICT
Jordan B. Peterson and Joseph L. Flanders
Department of Psychology, University of Toronto


Pas un livre, mais un peu de saine lecture quand même :
https://pdfs.semanticscholar.org/743d/2 ... ad07fb.pdf
L'islamophobie n'est pas plus du racisme que l'antisionisme n'est de l'antisémitisme.
Que les racistes soient islamophobes n'implique pas que les islamophobes soient racistes.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#676 Message par toto78 » 17 juin 2017, 20:08

moinsdewatt a écrit :On a perdu Michel Onfray. Plus question d' acheter ses livres.

J' avais lu l' interview dans l' Obs, et puis il y a ça :
Les élucubrations d'Onfray
Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération — 2 juin 2017
http://www.liberation.fr/elections-pres ... ay_1574077


Il y a plusieurs années j' avais lu son '''Traité d'athéologie'' et l' avait trouvé juste passable.
Principe de Peter, il est sorti de son domaine, la philosophie, pour arriver sur l'actualité, la politique. Et il sort des âneries. Il s'est élevé lui-même à son niveau d'incompétence.
L'élite intellectuelle se prétend intelligente (Maurizio Ferraris)
Il faudrait que cesse en France l'idée qu'être diplômé c'est être intelligent (Emmanuel Todd)

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#677 Message par fabinoo » 18 juin 2017, 12:17

Je vois qu'il y a une file dans laquelle on a parlé récemment de l'aire de Broca.
Je viens justement de terminer un livre d'un neurochirugien et neurologue qui dit que cette aire n'existe en fait pas, que le cerveau ne fonctionne pas par aires, mais par connexions. Selon lui, il a enlevé à des dizaines de patients cette fameuse aire de Broca sans que leur fonction langagière soit altérée, et le dogme de l'aire de Broca (comme l'ensemble des aires du cerveau), serait une énorme erreur de compréhension du fonctionnement du cerveau qui dure depuis 150 ans.
Il opère sur patient éveillé, c'est-à-dire qu'il ouvre le crâne du patient, celui-ci est alors réveillé et il stimule les différents réseaux pendant que le patient fait des tests divers langage, compréhension, mouvement, empathie...), pour savoir ce qu'il peut enlever ou pas.
Je ne sais pas ce que concluera la science (aires, réseaux ou un peu des deux), mais la thèse est très intéressante et le livre se lit bien.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#678 Message par Jabberwocky » 24 juin 2017, 15:16

On parle beaucoup de Russie sur ce forum, mais rarement de littérature russe, qui est pourtant extraordinaire.
Voici quelques titres que je recommande fortement à ceux qui veulent la découvrir (pas de surprise pour ceux qui connaissent déjà, on reste dans les grands classiques)
Dostoïevski (mon préféré): Les frères Karamazov, L'idiot, les démons, crimes et châtiment (liste non exclusive)
Tolstoï: Anna Karénine (que je préfère à Guerre et Paix, mais cela est subjectif)
Gogol: Les âmes mortes, le Révizor (drôle +++)
Soljenitsyne: l'archipel du Goulag
Boulgakov: Le Maître et Marguerite (un peu à part, il y a un côté grotesque totalement assumé par l'auteur)
Tourguéniev: Père et fils
Grossman: Vie et destin
Pouchkine: Eugène Onéguine
Gontcharov: Oblomov (extraordinaire de maîtrise de la part de l'auteur, presque un exercice de style)

Il y en a beaucoup, beaucoup, d'autres, mais c'est un bon commencement, je trouve.

PS: On m'a conseillé, mais je ne l'ai pas lu, le Don paisible de Cholokhov.
La paix, c'est juste l'intervalle de temps entre deux guerres

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#679 Message par Jabberwocky » 24 juin 2017, 16:37

Une autre proposition de liste de lecture,sur le roman noir américain (noir au sens large, quand le péché est au coeur du livre, notion importante dans un pays marqué par le puritanisme)
Dashiell Hammett: moisson rouge
James Ellroy: Le grand nulle part, american tabloïd
Hubert Selby Jr: last exit to brooklyn
Jim Carroll: basket ball diaries
Tom Wolfe: le bûcher des vanités
Jim Thompson: 1275 âmes
David Simon: Baltimore (pas un roman, mais à lire, vraiment)
Edward Bunker: Aucune bête aussi féroce
Truman Capote: De sang froid
Don Winslow: La griffe du chien
Vladimir Nabokov: Lolita

Liste bien entendu totalement subjective
La paix, c'est juste l'intervalle de temps entre deux guerres

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#680 Message par moinsdewatt » 28 juin 2017, 21:49

Suis en train de lire :
La fin des empires

Collectif (Auteur) Paru le 2 mars 2017 Etude (broché)

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L'histoire est-elle condamnée à se répéter ? Cette question fameuse mérite particulièrement d'être posée concernant la naissance et la chute des Empires. Depuis l'Antiquité, certaines contrées, par le fer, l'or et l'esprit, se hissent au rang de puissance prépondérante et dominent une large partie du monde. Pourtant, selon l'adage fameux de Jean-Baptiste Duroselle, « tout empire périra » pour des raisons diverses même si un noyau dur d'explications peut être appliquée dans presque tous les cas : crises de croissance notamment en matière d'intégration, paupérisation économique, épuisement du modèle militaire et naturellement apparition et renforcement de rivaux. Pour la première fois, des historiens de renoms, spécialistes dans leurs domaines respectifs, racontent et analysent avec brio le déclin et la chute des grands « Empires qui ont fait le monde », de Rome à Washington en passant par la Chine, l'Empire des Steppes, Byzance, l'Espagne, le grand Empire de Napoléon, l'Autriche-Hongrie, la Russie, le IIIème Reich. et bien d'autres.

Directeur de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz s'est affirmé comme le meilleur connaisseur actuel de l'époque impériale, comme en témoigne sa Nouvelle histoire du Premier Empire en quatre volumes (2002-2010). Il a récemment publié chez Perrin Le Congrès de Vienne. Une refondation de l'Europe 1814-1815 et Les vingt jours de Fontainebleau. La première abdication de Napoléon 31 mars-20 avril 1814, Waterloo et une biographie de Joseph Bonaparte. Professeur à l'EHESS, Patrice Gueniffey a notamment publié Le nombre et la raison (1993), La politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire (2000). Le 18 Brumaire, L'épilogue de la Révolution française (2008) et son Bonaparte (2013) ont été universellement salués par la critique. Il a depuis dirigé les meilleurs historiens dans l'ouvrage collectif à succès Les derniers jours des rois chez Perrin et Le Figaro (2014) et vient de publier son très attendu « Napoléon et De Gaulle. Deux héros français ».
http://livre.fnac.com/a10289483/Collect ... 483|BL1|L1

10 € en livre de poche, c'est pas la ruine.

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#681 Message par Para » 29 juin 2017, 07:39

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#682 Message par domcat74 » 29 juin 2017, 09:48

Perkins est a lire en effet.

Je suis en train de lire : Histoire populaire des sciences
L'histoire des sciences que l'on nous apprend dans les manuels scolaires, c'est Galilée démontrant que la Terre n'est pas au centre de l'Univers, Newton découvrant la gravité, Einstein résolvant les mystères de l'espace et du temps grâce à une simple équation... Bref, l'épopée d'une poignée de grands hommes aux grandes découvertes. Pourtant, les sciences sont depuis toujours une oeuvre collective. Clifford D Conner retrace l'histoire des savoirs établis par les chasseurs-cueilleurs, les paysans, les marins, les mineurs, les forgerons, les guérisseuses et tant d'autres qui devaient assurer leur subsistance au contact quotidien de la nature, ainsi que leur contribution à la grande aventure de la connaissance. Il raconte aussi comment l'alliance du capital et de la science engendra un système dominé par les experts, obsédé par la puissance et le profit. Après la dépossession des savoirs populaires, verra-t-on leur retour face à la méga-machine technologique ?
Image



Je viens de finir ça, c'est court et conçis

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https://www.amazon.fr/Lidéologie-néolib ... 2916842284
« Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées.» Winston Churchill

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#683 Message par sequoia » 02 juil. 2017, 06:46

Si vous n'avez jamais rien compris au Moyen-Orient, cette introduction est faite pour vous :

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Au Moyen-Orient, les frontières héritées du xxe siècle sont fragiles. En témoignent les drames vécus par les populations locales et l'avènement de Daech.
Le problème est ancien, tant la mosaïque ethnique et religieuse est complexe. La région a une histoire plurimillénaire : les premiers États sumériens, la conquête d'Alexandre le Grand, les Empires perse, arabe et ottoman y ont laissé des traces.
Lieu de fractionnements permanents, de frontières mouvantes, de conflits incessants, le Moyen-Orient est cependant un espace de construction d'États et de systèmes politiques puissants. Ici, les frontières ne sont pas de simples traits sur une carte, mais définissent des territoires, des communautés et des identités changeantes. L'étude de cette histoire millénaire permet une meilleure compréhension des fractures culturelles et géopolitiques contemporaines.
L'auteur invite à un voyage à travers l'histoire et la géographie du Moyen-Orient pour en dévoiler les « seuils », c'est-à-dire les barrières mentales et géographiques.
Riche de 140 cartes et schémas, ce livre est la référence pour aborder les enjeux du Moyen-Orient.

Olivier Hanne est agrégé et docteur en histoire. Chercheur-associé à l'université d'Aix-Marseille, il est islamologue et professeur aux Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages sur le Moyen-Orient et l'islam.

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#684 Message par pangloss » 03 juil. 2017, 19:06

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pp 160-165
Une civilisation a toujours besoin de Barbares, et quand elle en manque, elle en fabrique. La nôtre n'a pas eu besoin d'inventer celui-là.
Il était là, révulsif et donc galvanisant. Rien de plus déprimant pour une alliance ou une coalition, qu'un ancien ennemi qui vous lâche
pour faire ami-ami, et l'on se rappelle, lors de l'autodissolution de l'empire soviétique, l'avertissement narquois d'un diplomate russe
à son homologue américain: "Vous voilà punis, on vous prive d'ennemi". On se rappelle aussi avec quel empressemment, dans les années suivantes,
l'Alliance atlantique a su éviter la débandade après cette dérobade désagréable, en lui trouvant aussitôt, au prix d'un gros mensonge d'Etat,
un honorable substitut - un lointain dictateur habillé en islamiste pour les besoins de la cause (et dans quel tunnel cette quête forcenée l'a
engagée). Le djihadiste est le Barbare idéal et quasi théâtral, avec sa pilosité, ses pieds nus, sa tunique noire, ses coutelas et sa kalach,
car, sur la durée, maîtrisable et absorbable. Dans l'immédiat, son revenant-bon est jugé supérieur aux dommages collatéraux subis par l'Etat
de droit du fait de la "guerre contre le terrorisme" - lois d'exception, execution extrajudiciares, dépenses colossales, surveillance systématique
de population alliées et suspectes, etc. Sans compter la perspective d'une guerre sans victoire définitive possible, ni traité de paix conclusif.

Reste qu'une idéologie sacrificielle et à vocation minoritaire ne compense pas une faiblesse organique en tant que puissance réelle, et l'on ne
voit pas un président américain, tel un nouveau Constantin, se convertir soudain à l'inerrance du Coran. Personne ne peut accepter la présence
d'individus qui nous veulent et font du mal (auxquels on en fait du coup, mais au loin, sans caméras, oeil pour oeil et dent pour dent). Mais
rendre à nos Lumières les ténèbres extérieures qui les font encore mieux ressortir, tels une anti-matière à la matière, ou le noir au blanc, n'est
pas un bénéfice à dédaigner. Une culture guerrière, machiste, atonale et autocentrée met en valeur une civilisation pacifiste, musicale, féministe
et futurocentrée. Le tout pour le groupe, face au tout pour l'individu. Quel contraste opportun pour chacune des parties ?

Bien réelle et périlleuse au Maghreb, en Afrique Noire, au Proche et au Moyen-Orient, comme dans le Caucase et même en Indonésie, cette pieuse
fureur ne manque pas en Europe de motifs extrareligieux, liés à l'état du monde : explosion des flux migratoires, sécheresses et troubles climatiques,
besoin de main d'oeuvre des pays industrialisés, vieillissement de nos populations, urbanisation galopante de la planète ( 400 villes de plus d'un
million d'habitants en 2016 contre 16 en 1900), inflammations identitaires de toutes sortes (la cohabitation multiculturelle est très rarement
oecuménique), échec de l'arabisme laïque (auquel l'Occident aura tant contribué). A quoi peuvent s'ajouter, dans l'Hexagone, l'effondrement de
notre système scolaire, le chômage de masse, les déchirures du tissu social, un imaginaire collectif assèché par le tout-économie, l'effritement
des messianismes laïques et du mouvement ouvrier, l'effet retour de la colonisation (tu es venu chez moi sans rien me demander, je te rends la pareille),
notre peu d'intérêt porté à la culture des immigrés, etc. Cela dit, à côté de certains bourgs du Midi où un maghrébin pieux peut se sentir chez lui,
innombrables sont en France les cas d'intégration, de mariages mixtes et d'insertions réussies. Et d'excellents démographes voient dans cette convulsion
le dérèglement propre aux sociétés "holistes" et traditionnalistes quand elles sautent à pieds joints dans la modernité individualiste, et que devrait
apaiser, à terme, le couple alphabétisation de masse et contrôle des naissances. Quoi qu'il en soit du pronostic, il y a un certain nombre de faits
qui devraient rassurer les gardiens du clocher et les paranos du minaret: le choc islam-islam ou sunnites-chiites, l'absence d'un grand pays en
chef d'orchestre, rôle auquel ne peuvent prétendre ni l'Egypte, ni la Turquie, ni l'Iran pour d'évidentes raisons (même si le Pakistan à la bombe,
et l'Arabie, le pétrole), la fragmentation nationalitaire de l'Oumma, l'inexistence d'un quartier général établi type Komintern, et le fait que les
musulmans de France constituent la moins communautaire de toutes les communautés organisées et présentes sur le territoire. Le puritanisme coranique
d'exportation, culture de déculturés, terroir de rattrapage pour déterritorialisés, a certes le privilège de sentir encore le sable et le chameau,
la bagarre autour du puits et les femmes sous la tente, mais il n'est pas concurrentiel avec notre syncrétisme multicolore et attrape-tout.

Le djihad a certes ses enthousiastes et ses docteurs qui font des plans sur la omète, en commençant par l'Europe. Le bolchevisme en son temps a eu
les siens et ne se cachait pas de vouloir vendre à brève échéance au dernier capitaliste la corde pour le pendre. Et ses doctrinaires aux écrits
menaçants ont semé un effroi considérablesdans les préfectures et les familles. L'utopie rebondit d'âge en âge, de foi laïque en foi religieuse.
La question est de savoir si ces mégalomanes ont les moyens de parvenir à leurs fins et, dans le cas présent, il y a de quoi en douter. Une menace
sécuritaire ne constitue pas une offre civilisationnelle crédible, et l'islamisme n'en a aucune à proposer. Il peut causer des désordres, non
constituer un ordre de rechange; mettre à mal ici et là la civilité, non metttre enpièce une civilisation. Outre que l'on ne voit aujourd'hui
aucun empire se former dans cette région du monde (sans empire, pas de civilisation), mais au contraire un constant démantèlement des états
constitués, on cherchera en vain le cyclotron, les brevets industriels, le sex appeal, la découverte scientifique, les films, les ingénieurs, un
modèle économique original, un élément de confort domestique, une beauté insolite; bref un nouvel aménagement de la vie. Le refus
d'accomodements avec ce bas monde peut faire une sécession - de type monastique ou fanatique, ascètes ou "hachischins" -, mais ce ne sera
jamais qu'un ersatz, et non une solution de remplacement à long terme. Ce n'est pas nier la fascination que peut exercer la mystique d'un
engagement corps et âme sur des adolescents auxquels rien n'est proposé sur place que de petit et terre à terre. Ni la bombe à retardement que
pourrait représenter pour la cohésion républicaine la constitution de contre-sociétés pleines de ressentiment si rien n'était fait pour mettre le
holà (et notamment un contrôle mesuré des flux d'immigration). Un projet alternatif requiert d'auutres moyens que l'intimidation ou même,
au pire, l''occupation de quelques interstices. Quant au "grand remplacement" dans l'Hexagone annoncé par de talentueux apeurés, il peut
laisser perplexe. Outre que la France est le seul pays européen possèdant un taux de fécondité à deux enfants par femme (dû en partie à cette
immigration récente), on voit mal soixante-cinq millions de personnes qui ont l'estomac plein, l'American dream en tête et la consommation au
coeur, subjugués par cinq cent mille personnes, parmi les plus démunis, allant à la mosquée le vendredi, sur trois ou quatre millions de
"musulmans" pour qui le ramadan est autant un rite social que religieux (la notion de musulman étant des plus vagues). A part de rares
centres-villes où les patrons de café refusent de servir les femmes, avec paraboles au balcon et lieux de prière au sous-sol, la capture des
âmes et des imaginaires semble limitée à des ilôts sans grande influence. Nos économistes parlent-ils du "consensus de la Mecque", comme
celui de Washington ? Combien de sociétés islamiques parmi les grands fournisseurs mondiaux d'accès à Internet ? qui fabrique et gouverne
l'économie de l'immatériel ? Les enfants de notre classe dirigeante vont-ils poursuivre leurs études supérieures à Riyad, Bagdad ou Téhéran ?
Nos agences de publicité, nos multinationales, nos banques ont-elles leur siège social en Afrique du Nord, au Proche-orient ou en Indonésie ?
L'Union Européenne, le cercle de la raison, la Banque mondiale à Washington, Sciences Po à Paris se proposent-ils de remplacer l'anglais par
l'arabe dans leurs cours et leurs communiqués ? En France, le nombre d'enseignants dans cette langue (la deuxième la plus parlée chez nous
et l'une des dix langues de l'ONU) diminue d'année en année, et le CAPES d'arabe n'a lieu qu'une année sur deux, faute de candidats. Preuve
d'une certaine désinvolture de nos grands et petits chefs puisqu'il faut toujours apprendre la langue de son ennemi (le capitaine de Gaulle
apprenait l'allemand).


Y a-t-il un autre dénominateur commun des nations occidentales que les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) ? Je n'exclus pas d'avoir
les yeux dans les poches, mais je ne les vois pas adopter demain la langue du Coran ni qu'une "transversale musulmane" puisse acquérir
la surface et l'impact d'une mondialité de substitution. Le "camp occidental" s'intitule la "communauté internationale"- comme on parle
d'international art, de fusion food et de world music pour le made in USA. Il n'y a pas de "camp islamique", et si, par impossible, les
cinquante-sept pays de l'Organisation de la conférence islamique, dont le siège est à Djeddah, en Arabie Saoudite, parvenait un jour à en créer
un, il ne pourrait jamais se présenter comme l'incarnation ou l'avant-garde de l'humanité en général. Le monde arabo-musulman reste un
monde : si riche qu'il soit de souvenirs culturels et de ressources humaines, il peut grignoter ou mordiller le nôtre, mais non le subvertir,
faute de pouvoir se globaliser. Son seul universel, pratiquement, c'est le capital, qui n'a pas de quoi nous faire peur : c'est notre créature.

L'islam : préoccupation, oui, obnubilation, non. Fermer d'autorité les écoles musulmanes clandestines, oui. Le branle-bas de combat contre
l'envahisseur, non.
Excellente video (téléchargeable) de Hans Rosling sur l'évolution démographique au XXIème siècle: https://vimeo.com/79878808
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#685 Message par Goldorak2 » 04 juil. 2017, 10:14

pangloss a écrit :
Une civilisation a toujours besoin de Barbares, et quand elle en manque, elle en fabrique. La nôtre n'a pas eu besoin d'inventer celui-là. [...]
Le puritanisme coranique
d'exportation, culture de déculturés, terroir de rattrapage pour déterritorialisés, a certes le privilège de sentir encore le sable et le chameau,
la bagarre autour du puits et les femmes sous la tente, mais il n'est pas concurrentiel avec notre syncrétisme multicolore et attrape-tout.
[...]
La question est de savoir si ces mégalomanes ont les moyens de parvenir à leurs fins et, dans le cas présent, il y a de quoi en douter. Une menace
sécuritaire ne constitue pas une offre civilisationnelle crédible, et l'islamisme n'en a aucune à proposer. Il peut causer des désordres, non
constituer un ordre de rechange; mettre à mal ici et là la civilité, non mettre en pièce une civilisation. Outre que l'on ne voit aujourd'hui
aucun empire se former dans cette région du monde (sans empire, pas de civilisation), mais au contraire un constant démantèlement des états
constitués, on cherchera en vain le cyclotron, les brevets industriels, le sex appeal, la découverte scientifique, les films, les ingénieurs, un
modèle économique original, un élément de confort domestique, une beauté insolite; bref un nouvel aménagement de la vie. Le refus
d'accomodements avec ce bas monde peut faire une sécession - de type monastique ou fanatique, ascètes ou "hachischins" -, mais ce ne sera
jamais qu'un ersatz, et non une solution de remplacement à long terme. Ce n'est pas nier la fascination que peut exercer la mystique d'un
engagement corps et âme sur des adolescents auxquels rien n'est proposé sur place que de petit et terre à terre. Ni la bombe à retardement que
pourrait représenter pour la cohésion républicaine la constitution de contre-sociétés pleines de ressentiment si rien n'était fait pour mettre le
holà (et notamment un contrôle mesuré des flux d'immigration). Un projet alternatif requiert d'autres moyens que l'intimidation ou même,
au pire, l''occupation de quelques interstices. Quant au "grand remplacement" dans l'Hexagone annoncé par de talentueux apeurés, il peut
laisser perplexe.
[...]
L'islam : préoccupation, oui, obnubilation, non. Fermer d'autorité les écoles musulmanes clandestines, oui. Le branle-bas de combat contre
l'envahisseur, non.
Il ne faut pas sous estimé la menace. Nos ancêtres l'ont fait avec une autre menace "minime" et l'ont payé très cher. Cf cette affiche de 1939 (il manquait la coloration du Japon et de l'Italie à cette carte admirable (les franco anglais n'étaient pas encore en guerre avec ces 2 pays...) mais deux petites taches noires ou grises de plus n'auraient pas modifié le rouge rose d'ensemble...
Image
Et effectivement, la carte avait raison. Les alliés ont finalement vaincu les nations de l'axe. 6 ans plus tard.

Et pour cette menace ci, elle est en plein boom. L'islam est en train de submerger et de renvoyer à l'antiquité 1/7 de l'humanité (qui a pourtant eu des heures glorieuses, parfois à l'avant garde de la civilisation. Je pense à l'Egypte, à l'Irak, à la Turquie, et même au Magreb. Et tous les progrès accomplis dans ces régions depuis 1945 sont remis en cause par la ré-islamisation. Cf le cas exemplaire de la Turquie, pays en pleine régression. Et bien sûr, des colonies de peuplement dans nos villes et nos rues. Colonies pour lesquelles notre modèle et notre univers mental est un anti-modèle pas attractif.


Bon au moins l'auteur ne semble pas dans le déni complet des problèmes et laisse entendre qu'il y a quand même des (légères) menaces.
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#686 Message par Goldorak2 » 08 sept. 2017, 17:03

Braudel : Grammaire des civilisations. Ce livre accessible, qui a failli être le programme d'histoire de terminal, permet de survoler le temps long. Ce livre s'arrête aux années 1960... mais c'est pas plus mal pour voir les fondamentaux des civilisations sans être pollué par les événements récents. On voit bien qu'il fait un gros zoom sur la période 1960-65. Détails sans grand intérêt aujourd'hui.
Image

Un résumé (pas de moi, mais je suis d'accord) :
Semper Victor a écrit :Le livre de Braudel, écrit en 1963 (avec une série de post-scriptum en 1966), a été publié pour la première fois sous le titre de « Grammaire des civilisations » en 1987. Au départ il s'agit d'un projet de manuel pour les classes de Terminale qui, jugé trop ambitieux, ne sera jamais approuvé comme tel. Par grammaire, on entend l'ensemble des règles qui régissent et organisent une langue, tout en lui conférant sa singularité. Braudel s'applique donc à comprendre les règles et les singularités de chacune des grandes civilisations historiques, en partant d'une analyse du mot en lui-même : « civilisation » avec ou sans s est une invention française tardive du XVIIIème siècle. Pour ce qui est du fond, Braudel pose ensuite la définition suivante : « Une civilisation, ce n'est donc ni une économie donnée ni une société donnée, mais ce qui, à travers des séries d'économies, des séries de sociétés, persiste à vivre en ne se laissant qu'à peine et peu à peu infléchir » (page 82). Selon lui, la compréhension des religions est sans doute le point le plus important, pour étudier et comprendre les civilisations : « La religion est le trait le plus fort, au caeur des civilisations, à la fois leur passé et leur présent. Et tout d'abord, bien entendu, au caeur des civilisations non européennes. (...) Le christianisme s'affirme une réalité essentielle de la vie occidentale et qui marque, sans qu'il le sachent ou le reconnaissent toujours, les athées eux-mêmes. Les règles éthiques, les attitudes devant la vie et la mort, la conception du travail, la valeur de l'effort, le rôle de la femme ou de l'enfant, autant de comportements qui ne semblent plus rien avoir avec le sentiment chrétien et cependant en dérive. Il n'en reste pas moins que la tendance de la civilisation occidentale, dès que se développe la pensée grecque, c'est sa poussée vers le rationalisme, donc vers un dégagement par rapport à la vie religieuse. Mais c'est sa singularité » (pages 66 et 67).

La première civilisation évoquée est celle de l'Islam. Braudel constate qu'elle a «manqué d'hommes » au moment de son âge d'or et a ensuite dû supporter le fardeau de « trop d'hommes » lors de son déclin, phénomène qui perdure encore aujourd'hui. Il évoque également les grand penseurs de l'Islam et de leurs travaux philosophiques : « Oui cette philosophie est une : désespérément enfermée entre la pensée grecque d'un côté et la révélation coranique de l'autre, elle se heurte à ces murs et reflue sans cesse, vers son point de départ » (page 139 et 140). Braudel date le déclin de l'Islam par la mort d'Averroès. Il explique aussi le rôle dans celui-ci d'Al-Gazali, une sorte d'anti philosophe, défenseur tardif de la religion traditionnelle. L'explication la plus marquante donnée par Braudel sur les phases d'expansion et de repli de la civilisation musulmane est liée à la mer. Pour lui le déclin définitif de l'islam découle de la perte de contrôle de la Méditerranée, à partir de la fin du XIème siècle, malgré retour de flamme à l'époque Ottomane, au XVème et XVIème siècle, à laquelle Lépante mettra fin. Dans l'océan indien avec l'arrivée des Portugais au XVème siècle est décisive. Ils prennent en effet rapidement l'ascendant sur les navigateurs musulmans. Le point ultime de ce repli réside dans le fait que les « marines musulmanes » manqueront la révolution de la vapeur, tout comme leur civilisation manquera plus globalement la révolution industrielle.

Braudel étudie ensuite le « Continent noir » en évoquant d'entrée les contingences géographiques de l'Afrique : enclavement entre un désert au nord et au sud et entre un océan à l'ouest et à l'est. La question de l'esclavage est bien entendu présente : « Il y a toujours eu, à la décharge de l'Europe, des réactions de piété et d'indignation vis-à-vis de l'esclavage des Noirs. Elles n'étaient pas purement formelles puisqu'elles ont abouti tout de même, un beau jour, au mouvement de Wilberforce en Angleterre, pour la libération des Noirs et l'abolition de l'esclavage. Sans affirmer qu'une des traites négrières (vers l'Amérique) a été plus humaine, ou moins inhumaine que l'autre (vers l'Islam), on notera ce fait, important pour le monde noir actuel, qu'il y a aujourd'hui des Afrique vivante dans le Nouveau Monde. De fort noyaux ethniques se sont développés et perpétués jusqu'à nos jours, au nord et au sud de l'Amérique, tandis qu'aucune de ces Afrique exilées n'a survécu en Asie ou en terre d'Islam » (page 204). C'est dans ce chapitre qu'apparaît la formule « choc des civilisations » pour la première fois (de l'histoire des idées semblent-il également). Braudel explique que les « chocs des civilisations », des simples contacts commerciaux au cas extrême de la colonisation, génèrent toujours un passif ET un actif.

Le chapitre suivant est consacré à l'Extrême Orient dans lequel Braudel rassemble Chine, Inde, Japon et civilisation du sud-est asiatique, tout en y consacrant ensuite des sous-chapitres distincts. Il voit dans ces grandes civilisations des « mondes végétaux », marqués par l'immobilisme sur la très longue durée et par le mode d'alimentation à dominante végétarienne de leurs populations, très tôt devenues (trop) nombreuses. Ces mondes sont aussi marqués par la menace permanente des nomades : Mongols ou Turkmènes. Pour la Chine et l'Inde, ses analyses et réflexions sur les systèmes religieux des locaux sont lumineuses et envoutantes.

Le dernier chapitre de « Grammaire des civilisations » est consacré à la civilisation européenne. Braudel y insiste de manière importante sur l'importance des Croisades dans la formation de l'idée européenne. Pas pour leur côté religieux, mais pour celui d'une « première expérience commune » pour les Européens. Le bénéfice des croisades est surtout de la reconquête de manière durable et décisive de la Méditerranée de manière durable (son sujet de prédilection). Dans un deuxième temps, Braudel parle d'une autre particularité de la civilisation européenne : le goût immodéré pour le concept de « liberté », avec dans l'ordre, les libertés (individuelles, particulières, citadines, privilèges), LA liberté, puis le libéralisme. Vient ensuite la partie sur la Chrétienté que Braudel caractérise comme « se sauvant dans un monde en péril, mais au prix de mille prouesses » et conclut qu'en « dehors de cette hostilité d'adversaires appuyés sur des idéologies réfléchies, l'Eglise a dû faire face constamment à cette déchristianisation régulière, monotone qui n'est souvent que vulgaire décivilisation » (page 455). Il évoque ensuite le penchant rationaliste, caractéristique lui aussi de l'Europe issue qui se fraye son chemin dans à travers de tous les courants de pensée, chrétien, humaniste et naturellement philosophiques et scientifiques. Le point clé reste néanmoins la « révolution industrielle » si spécifique à la civilisation européenne et à la position dominante qu'elle lui permet d'acquérir. Braudel évoque également les autres Europe : l'Amérique latine, les Etats-Unis (avec beaucoup des détails), les mondes anglo-saxons et l'Europe russe et orthodoxe devenue soviétique. C'est d'ailleurs sur le communisme que son texte apparaît aujourd'hui comme le plus « daté », car il n'anticipe pas l'issue soudaine de la Guerre Froide dans les années 1990. Son analyse et ses conclusions sur l'idée d'Union européenne et de ses problèmes en devenir par contre réellement prophétique.

Par sa clarté, par son style merveilleux et par la profondeur de ses réflexions la « Grammaire des civilisations » est plus qu'un classique, il s'agit d'une œuvre majeure - et si intelligente - pour comprendre notre monde.
Posts préférés : Dossier immobilier et http://www.bulle-immobiliere.org/forum/ ... 04&t=75765
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#687 Message par domcat74 » 10 sept. 2017, 16:05

Lisez ce livre incontournable

Fascisme et grand capital (Daniel Guérin) // Les éditions Libertalia



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http://www.editionslibertalia.com/catal ... nd-capital
« Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées.» Winston Churchill

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#688 Message par WolfgangK » 10 sept. 2017, 21:22

domcat74 a écrit :Lisez ce livre incontournable

Fascisme et grand capital (Daniel Guérin) // Les éditions Libertalia



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http://www.editionslibertalia.com/catal ... nd-capital
OUI !

Attention, ça fait flipper ☹.
Mais comprendre aussi le paradoxe du parti Nazi comme national socialiste.
L'islamophobie n'est pas plus du racisme que l'antisionisme n'est de l'antisémitisme.
Que les racistes soient islamophobes n'implique pas que les islamophobes soient racistes.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#689 Message par moinsdewatt » 11 sept. 2017, 11:31

pangloss a écrit :Image
Avec Homo Deus (L’Homme Dieu), Harari précise comment l’humanité, en contrôlant de mieux en mieux son univers, est effectivement en train de connaître une très importante mutation.
Sa spéculation futuriste repose sur l’idée d’un découplage croissant de l’intelligence et de la conscience. Explication. En tant qu’organismes vivants, nous sommes des sortes de machines traitant de l’information. Mais nous avons créé des réseaux informatiques qui analysent aussi toutes les données disponibles. Or, bientôt, ces traitements de l’information établiront des diagnostics de notre situation, meilleurs que ce que nous serons en mesure d’effectuer. Ils pourront nous dire à tout moment ce qui est bon pour notre santé, ce que nous devrions faire, ce qui nous fera plaisir… En ce sens, ces algorithmes, sans devenir conscients, seront de plus en plus intelligents. Nous finirons donc par leur faire confiance et par leur déléguer notre pouvoir de décision.
Pour Harari, la liberté a toujours été une illusion. Mais, en tant que telle, elle a été au fondement du projet démocratique et humaniste. Du coup, l’abandon de notre autonomie au profit d’une optimisation de nos satisfactions signera la fin de la modernité, d’autant plus que le principe d’égalité ne tiendra plus. Les nouvelles technologies et les progrès médicaux seront en effet réservés à l’élite qui contrôlera le traitement de l’information et ses avancées pour tenter d’atteindre l’immortalité, à l’image des dieux. De manière concomitante, la disparition d’un grand nombre de métiers, supplantés par des machines, créera une énorme classe de personnes inutiles économiquement et dominées autant socialement qu’intellectuellement. Ayant perdu l’illusion de pouvoir choisir eux-mêmes leur destin, ces citoyens sans identité bien définie chercheront le sens de leur existence dans les algorithmes. Aussi Harari peut-il suggérer que le culte de l’individu souverain fera place à celui du traitement des données.
Je suis en train de lire la traduction.

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Yuval Noah Harari toujours aussi passionnant, j' avais lu sapiens il y a quelques mois.

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#690 Message par Nouveau stephanois » 12 sept. 2017, 09:57

Bonjour, avez-vous des romans à me conseiller pour un couple d'ingés trentenaires expatriés aux US ? L'idée étant de leur rappeler la France, il faudrait des romans dont l'intrigue se passe dans le fameux terroir. Pour info ils sont tous les deux Limougeauds.

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#691 Message par optimus maximus » 12 sept. 2017, 12:22

Nouveau stephanois a écrit :Bonjour, avez-vous des romans à me conseiller pour un couple d'ingés trentenaires expatriés aux US ? L'idée étant de leur rappeler la France, il faudrait des romans dont l'intrigue se passe dans le fameux terroir. Pour info ils sont tous les deux Limougeauds.
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#692 Message par Jeffrey » 12 sept. 2017, 12:28

:mrgreen: :lol: :lol:
je préfère l'universalisme au différentialisme

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#693 Message par moinsdewatt » 15 sept. 2017, 13:32

"Homo deus" : Yuval Noah Harari présente à Paris son livre événement

Par Olivier Lascar le 14.09.2017

Auteur du livre événement "Homo deus" (Albin Michel), l'Israélien Yuval Noah Harari présentait hier son ouvrage à Paris lors d'une conférence au Collège des Bernardins. Sciences et Avenir y était.
..................
https://www.sciencesetavenir.fr/decouvr ... ent_116363

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#694 Message par stchong » 15 sept. 2017, 13:50

moinsdewatt a écrit :
"Homo deus" : Yuval Noah Harari présente à Paris son livre événement

Par Olivier Lascar le 14.09.2017

Auteur du livre événement "Homo deus" (Albin Michel), l'Israélien Yuval Noah Harari présentait hier son ouvrage à Paris lors d'une conférence au Collège des Bernardins. Sciences et Avenir y était.
..................
https://www.sciencesetavenir.fr/decouvr ... ent_116363
L'inconvénient c'est que le mec était dans "la grande librairie" sur la 5 hier soir et on connait donc le point critique évoqué dans le bouquin, donc plus aucun intérêt à dépenser le moindre euros pour cela.
Je résume
Avant La religion décidait pour nous, y'avait qu'à suivre, après émancipation de l'homme (pour certains ,hein !!), et puis maintenant c'est les ordinateurs qui vont nous juger, décider pour nous et garder tout en mémoire.

EX: vous avec une tablette de lecture avec tout le tralala informatique pour vous surveiller, quand vous ralentissez votre lecture, quand vous arrêter de lire, si oui ou non , vous reprendrez la lecture du bouquin ou pas, etc.... et puis les information du style votre rythme cardiaque etc....
Donc quand vous vous aurez oublié le livre Amazon ou les autres conserveront tout cela en mémoire, en avancant que c'est pour les biens faits des sciences médicales ( care), votre bien être votre santé.
Pourtant personne vous oblige à acheter un bouquin virtuel
A vous de choisir :mrgreen:

Comme le mariage, avant c'était la religion, la famille, maintenant vous, et bientôt le bon programme qui vous dira qui épouser .
De haut le monarque Macron vous nargue. La rue s'anime. (04/05/2017)

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#695 Message par Goldorak2 » 19 sept. 2017, 08:44

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376.
Un nouveau peuple apparait aux confins de l'Europe : les huns. C'est un peuple complétement inconnu, cavalier, non civilisé, venu de la lointaine Asie centrale, qui vainc, massacre et terrifie les goths, voisins bien connus et dominés des romains.
Des réfugiés goths se pressent à la frontière romaine. Ils en appellent à la pitié du monde romain, seul à même de les sauver des huns. De son côté, l'Empire romain a besoin de main d'oeuvre. Il accueille des immigrés goths depuis longtemps. L'Empire romain est assimilationniste, il y a des terres en jachère dans l'Empire et celui ci a besoin de soldats, de paysans et d'esclaves. Des goths puis de petites tribus goths étaient régulièrement intégrées et servaient volontairement l'Empire comme paysan et comme soldats depuis plus d'un siècle. Des goths ennemis ou révoltés, régulièrement vaincus par les armées romaines, servent aussi d'esclaves. Les goths étaient en voie de christianisation tout comme les romains. Des goths chrétiens implorent aide et secours à leur puissant voisin...
L'Empereur romain ordonne le sauvetage humanitaire des goths, par humanité et par intérêt. Sur ordre de l'Empereur des bateaux romains vont donc chercher des réfugiés goths de l'autre côté du Danube, de l'autre côté de la frontière.
L'accueil humanitaire échoue cependant car l'Empire comporte des incompétents et/ou des corrompus. Les autorités locales romaines sont également débordées par le nombre de réfugiés goths. En effet, ayant appris que les romains les accueillent et ayant les huns dans leur dos, les goths se pressent en masse... Des centaines de milliers de goths se présentent et passent la frontière. Quoiqu'il en soit, par incompétence, corruption ou parce qu'il est débordé, l'Empire ne tient pas ses promesses en nourriture, et tarde à octroyer les terres promises aux immigrés goths.
Les réfugiés goths sont donc mal accueillis. Mourant de faim, ils razzient la campagne pour survivre. Ils prennent le contrôle des bâteaux romains et continuent de débarquer des goths. Le Danube, frontière de l'Empire est hors de contrôle de l'armée romaine, ce sont les goths qui la contrôle. Dans le même temps, des soldats romains réguliers d'origine goth ne sont pas jugés dignes de confiance pour combattre leurs congénères révoltés. De fait, ces soldats de Rome, immigrés goths, rejoignent les bandes goths et saccagent à leur côté des campagnes romaines.
Les goths continuent à razzier la campagne romaine, en laissant les villes imprenables : les goths n'ont pas d'engins de siège.
Les forces locales romaines ne réussissent défaire les goths révoltés en rase campagne. C'est une surprise pour les goths comme pour les romains, car les romains avaient l'habitude de gagner les batailles rangées contre les goths. Les goths maitrisent la campagne, et une tête de pont sur le Danube, et les romains contrôlent les villes. Echouant en bataille rangée, les romains réagissent cependant et pratiquent la guérilla avec succès sur les goths. Les goths sont contraints à la prudence et ont eu un peu plus de mal à razzier la campagne. Les romains sont tellement sûrs de leur force qu'ils n'exterminent pas les guerriers goths vaincus, tueurs de romains, qui se rendent. Les romains envoient les goths vaincus en esclavage en Italie. Des milliers de guerriers goths enchainés partent en Italie. Et si un jour les hordes goths, qui par centaines de milliers, ravagent en ce moment les provinces romaines des balkans, arrivent en Italie ? Pour l'heure, une telle éventualité est inconcevable...
Finalement, les empereurs romains d'orient et d'occident décident de mettre fin à cette révolte. Ils font la paix avec leurs voisins (les romains étaient alors en guerre en Perse) puis réunissent toutes les forces armées possibles pour vaincre les goths, éliminer les chefs, réduire les goths en esclavage. Il y a péril. Les goths razzient la campagne romaine depuis deux ans et les goths contrôlent le Danube. Les goths passent des accords avec des huns. Et des cavaliers huns entrent dans l'Empire. Il est vital que l'Empire retrouve la maitrise de la frontière.
La fine fleur de l'armée romaine est mobilisée à cette occasion. Sûr de sa force, l'Empereur d'orient engage son armée avant l'arrivée de l'armée romaine d'occident. C'est la bataille d'Andrinople, en 378. C'est un désastre pour l'armée romaine. L'armée romaine est presque entièrement détruite et ne sera jamais reconstruite. L'Empereur d'orient est mort.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_ ... _%28378%29

A partir de là, les deux empereurs romains comprennent qu'ils ne peuvent plus maitriser les goths. D'immigrés dominés, les goths sont devenus les maitres, même s'ils ne comprennent tout de suite l'étendue de leur victoire. Il est vrai que les goths, malgré leur grande victoire, échouent encore à prendre les villes romaines... L'Empire est contraint de passer des accords avec eux. L'Empire paye et les goths défendent l'Empire contre les huns ou d'autres barbares. Lorsque l'argent tarde ou est jugé insuffisant, les goths pillent les campagnes et les villages romains.
Lorsque les goths procédent à des exactions sur des romains et que des forces de l'ordre romaines répriment ces goths, les soldats romains et leurs officiers protecteurs du peuple romain sont durement et publiquement sanctionnés. La raison est simple et impérieuse : le pouvoir romain ne peut plus dominer les goths. Il ne faut pas les provoquer, tout faire pour les amadouer, et compter sur leur seule bonne volonté.
Cette politique accommodante n'empêchera pas Rome de brûler par ces mêmes barbares, une centaine d'années plus tard... lorsqu'il s'avérera plus juteux aux barbares de piller Rome plutôt que d'en attendre des subsides de plus en plus rares.
Modifié en dernier par Goldorak2 le 01 déc. 2017, 14:43, modifié 7 fois.
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#696 Message par clarine » 20 sept. 2017, 20:34

domcat74 a écrit :Lisez ce livre incontournable

Fascisme et grand capital (Daniel Guérin) // Les éditions Libertalia



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http://www.editionslibertalia.com/catal ... nd-capital
Je ne l'ai pas lu mais je viens de lire cet article : https://www.streetpress.com/sujet/15041 ... -en-France
qui éclaire aussi les liens entre fascisme et capital, entre autres...
Le parti de Marine Le Pen prétend en effet avoir opéré un “virage social”, ce qui est illusoire car elle ne fait aucune proposition qui améliorerait concrètement et significativement la vie des salariés. Mais du point de vue de la rhétorique politique, cela rapproche le FN actuel de la matrice fasciste, qui faisait une place importante à un anticapitalisme de façade et qui, dès son accession au pouvoir, mit instantanément à la poubelle cet aspect de son programme pour s’assurer le soutien des classes possédantes. Idem pour le nazisme. Jean-Marie Le Pen, au contraire, adorait l’ultralibéralisme de Ronald Reagan dans les années 1980 ; il se présentait d’ailleurs comme le « Reagan français » et entendait incarner la « vraie droite ». L’antilibéralisme (là encore de façade) et le « ni droite ni gauche » de Marine Le Pen se rapprochent bien davantage du fascisme classique.
Pour continuer à dominer la population alors qu’elle dispose d’une légitimité politique de plus en plus faible, la classe dirigeante est obligé d’utiliser de plus en plus la contrainte, la force nue. C’est ce que l’on a vu dans la rue au printemps dernier avec le mouvement contre la loi Travail. Même à l’Assemblée, le gouvernement n’avait pas de majorité pour faire passer son projet. D’où l’usage du 49-3, une manière parfaitement autoritaire d’exercer le pouvoir politique, mais aussi la répression systématique des manifestations, sous la forme du matraquage et du « nassage » des manifestants, l’interdiction de certaines manifestations ou rassemblements, des assignations à résidence, etc. D’où également le renforcement de la répression et du quadrillage sécuritaire des quartiers populaires, où se cumulent les effets dévastateurs du néolibéralisme et du racisme structurel.
Tout le problème, c’est que si la classe dirigeante ne parvient pas par des moyens légaux, même autoritaires, à obtenir ce qu’elle cherche – rogner sur les salaires, la protection sociale, les services publics, sous couvert de « compétitivité » – elle pourrait être tentée d’user de moyens encore plus violents.

Lesquels ?
Les classes possédantes pourraient tout à fait nouer des alliances avec des mouvements d’extrême droite en leur donnant un accès au pouvoir d’État. Or, on sait que tous les éléments sont présents dans la Cinquième République pour l’installation par des voies constitutionnelles d’un État d’exception, suspendant les libertés civiques et les droits démocratiques.
Rappelons en outre que presque tous les mouvements d’extrême droite qui ont triomphé sont parvenus au pouvoir parce que la droite – qui reste l’option politique première des classes dominantes – a servi le pouvoir sur un plateau à l’extrême droite. Pour l’instant, la droite française se refuse à des alliances systématiques avec l’extrême droite (tout en entretenant de plus en plus d’affinités idéologiques avec elle), mais rien ne permet de dire qu’elle ne cherchera pas dans l’avenir à s’allier au FN pour tenter de remporter des élections ou tout simplement pour essayer de sauver ses postes dans les institutions. Si le parti nazi est parvenu au pouvoir en Allemagne, ce n’est ni par la voie d’une insurrection armée, ni parce qu’il aurait obtenu la majorité absolue aux élections ; c’est parce que Hindenburg, le président élu (y compris avec les voix des socialistes), un conservateur de droite, a appelé Hitler à devenir chancelier. C’est seulement par la suite que celui-ci a usé des pouvoirs dont il disposait pour écraser toute forme de contestation et installer sa dictature. De la même manière, Mussolini a été appelé au pouvoir par les notables qui gouvernaient la République italienne et souhaitaient en finir avec une situation qui leur paraissait ingouvernable. Sans oublier que, dans l’entre-deux-guerres, une partie des grands capitalistes en Italie ou en Allemagne ont rempli les caisses des mouvements d’extrême droite.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#697 Message par cashisking » 21 sept. 2017, 08:11

Pour se détendre :
http://www.lesinrocks.com/2012/05/13/mu ... -11257848/
"Dance with the Devil": le meilleur livre jamais écrit sur les Rolling Stones

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#698 Message par moinsdewatt » 30 sept. 2017, 19:59

Un TED de Yuval Noha Hariri
https://www.ted.com/talks/yuval_noah_ha ... #t-1016383

avec sous titrage en Français.
Il y a 70 000 ans, nos ancêtres étaient des animaux parmi d'autres, qui vivaient leur vie dans un coin d'Afrique avec tous les autres animaux. Aujourd'hui en revanche, il semble difficile de contester le fait que les hommes dominent la planète Terre. Nous nous sommes installés sur tous les continents, et nos actions déterminent le sort des autres animaux (et celui de la Terre elle-même). Comment en est-on arrivé là ? L'historien Yuval Noah Harari propose une explication surprenante à l'essor de l'humanité.

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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#699 Message par Goldorak2 » 09 oct. 2017, 08:05

Je viens de finir le dernier Todd
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Il est très bien et je tenterais d'en faire un résumé.
Vous pouvez le lire même si n'avez pas aimé "Qui est Charlie"... L'erreur de "Qui est Charlie" est effacée (sans être reniée cependant...).
On a retrouvé notre grand Todd. La "doctrine Todd" s'y trouve résumée. Ce livre est un point sur 40 ans de recherche. Un livre testament. Peut être son dernier livre... même si Todd annonce le tome 2 de l'origine des systèmes familiaux consacré à l'Afrique sub-saharienne, l'Amérique pré-colombienne et l'Océanie...
Modifié en dernier par Goldorak2 le 12 oct. 2017, 08:28, modifié 1 fois.
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Re: Livres conseillés par les membres du forum

#700 Message par moinsdewatt » 09 oct. 2017, 10:28

Où en sommes-nous ?
Une esquisse de l'histoire humaine


Emmanuel Todd

Le l’émergence d’homo sapiens à nos jours, cette brève histoire de l’humanité est délibérément tournée vers l’intelligence du monde tel qu’il se recompose sous nos yeux.

Or, c’est dans les profondeurs les moins conscientes de la vie sociale, celles auxquelles Emmanuel Todd a consacré sa vie de chercheur, que gît l’explication de ce qui nous apparaît aujourd’hui comme le grand désordre du monde.

Il s’agit ainsi de saisir la dynamique de longue durée des systèmes familiaux, l’articulation de ces systèmes avec la religion et l’idéologie, d’explorer les ruptures induites par le progrès éducatif si l’on veut comprendre l’effet de divergence qui affecte les nations avancées : le paradoxe d’un homo americanus simultanément innovateur et archaïque, le phénomène Trump, le manque de réalisme des volontés de puissance allemande et chinoise, l’efficacité russe, la renonciation japonaise, les récentes métamorphoses de l’Europe et le Brexit.

Cette revisitation magistrale de l’histoire de l’humanité nous permet finalement d’apercevoir en toute lucidité ce qui nous attend demain.
http://www.seuil.com/ouvrage/ou-en-somm ... 2021319002

Lui aussi prend le filon de l' histoire globale ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_globale

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