[Sortie d'usine] XtreeE, pionnier français de l'impression 3D de maisons
GAUTIER VIROL Usine Nouvelle 15/05/2019
Dans son atelier de Rungis, la start-up imprime les murs en béton de cinq maisons pour le promoteur Plurial Novilia. Une première fondatrice pour cette technologie pleine de promesses.
Rungis Val-de-Marne.
Un hangar empli de sculptures biscornues et boudinées. Au milieu, un robot 6 axes de 7 mètres d’envergure construit couche par couche une structure en béton. Nous ne sommes pas dans un atelier d’artiste, ceci n’est pas une performance. C’est le local de XtreeE, acteur majeur de l’impression 3D béton en France et filiale de Vinci. Après explications, cette structure se révèle être un mur. Le mur du premier projet français d’impression d’une habitation, mené de concert par la start-up XtreeE, le promoteur Plurial Novilia, Coste Architectures et le cimentier Vicat. C’est une journée événement : architecte, cimentier et promoteur immobilier se sont réunis pour admirer la construction de ce qui n’est pour l’instant qu’un prototype.
"Nous allons construire cinq maisons de plain-pied en partie imprimées en 3D, destinées à du logement social dans un écoquartier de Reims", annonce Jérôme Florentin, le directeur de la maîtrise d’ouvrage de Plurial Novilia. La demande de permis de construire pour ces T3, T4 et T5 a été déposée le 15 mars, les travaux devraient débuter en 2020.
Au bout du bras robotisé – le plus grand modèle proposé par ABB –, se trouve la tête d’impression développée par XtreeE. Valeur totale : environ 1 million d’euros. C’est dans cette tête, et dans le mortier à hautes performances qui en sort, que se trouve le secret de la 3D béton. "Le ciment est envoyé sous sa forme la plus liquide possible, afin d’en faciliter le pompage, explique Romain Duballet, le cofondateur et ingénieur structure d’XtreeE. C’est dans la tête que se fait le changement de phase. On solidifie le béton afin qu’il ne cède pas sous son propre poids après avoir été extrudé."
ÉCONOMIE DE MATIÈRE ET DE TEMPS
Derrière l’ingénieur, le robot répète inlassablement le même motif. Couche par couche, centimètre par centimètre, le mur s’élève peu à peu. Avec une paroi interne et une épaisseur doublée sur deux côtés, sa solidité est garantie. Son respect de l’environnement aussi. "Il n’y a pas besoin de murs pleins pour fabriquer une maison, explique Jérôme Florentin. Avec nos murs creux, nous réalisons 50 % d’économies de matière et nous pouvons les remplir avec un isolant à base de chanvre composé par Vicat." Les murs qui vont soutenir les maisons rémoises seront fabriqués ici, à Rungis, mais aussi dans le lycée polyvalent François Arago de Reims, dont les locaux accueilleront une machine de XtreeE. D’après l’entreprise, la préfabrication, plus rapide à exécuter, est préférable à la construction sur place, qui demande du temps pour installer le robot et limite la taille du bâtiment. À ces préfabriqués imprimés s’ajoutent un module en bois et le toit. "Nous n’imprimerons pas toute une maison en 3D, explique Jérôme Florentin. Nous allons associer les éléments en fabrication additive à d’autres, biosourcés, écologiques et moins pénibles à assembler."
Avec leurs murs courbes, les maisons auront un air de résidences de luxe. Mais, une fois dépassés les surcoûts de la certification de la technologie, le prix de fabrication pourrait passer sous celui de la fabrication traditionnelle. "D’ici trois à cinq ans, nous devrions atteindre un coût de construction de 1 500 euros au mètre carré", assure Jérôme?Florentin. Un prix raisonnable pour cette technologie, qui souffle un vent de liberté sur le bâtiment, dont les techniques ont peu évolué depuis de nombreuses années. "Avec ce projet, nous sommes en train de créer une toute nouvelle architecture, s’enthousiasme le chef de la maîtrise d’ouvrage. Auparavant, faire des courbes, par exemple, imposait de grosses contraintes technologiques et économiques. Ici, c’est très simple. Nous sommes en train de libérer l’architecture."