La bulle fin Septembre : Le jour du jugement dernier.
Le jour du jugement dernier est le moment suprême auquel chacun sera confronté ; en fonction de ses actes ou de quelque prédestination divine. Soit il s’élèvera vers le paradis (ou les jardins sous lesquels coulent des ruisseaux), soit il sera précipité dans la géhenne de feu ou tout autre lieu désagréable. Alternativement, il peut être détruit définitivement (« forever dead », comme on dirait dans donjon et dragon, ce qui est une catastrophe, à bien différencier de simplement « dead », qui n’est qu’un désagrément temporaire) : ainsi, dans l’Egypte antique, les mauvais partaient vers le Dieu Sobek, sorte de sani-broyeur cosmique et lointain cousin de Shermann.
Bref, qu’en sera t’il du marché immobilier lors de cette automne 2008 ; continuera il à s’élever vers les sept paradis, ou partira t’il en vrille vers les abîmes, après s’être trop approché du soleil ?
Il est temps de prendre la température du marché, en essayant de ne pas se laisser gagner par l’euphorie qui a envahit les landerneaux krashistes, et en se méfiant de nos propres « wishful thinking ».
I) Situation : des chiffres de plus en plus maussades, désormais en cours de confirmation « officielle »I-1) Des prix qui, malgré la haute saison s’orientent à la baisseI-1-a) Des indices instantanés qui se retournent dé plus en plus nettementLes volumes qui s’effondrentDésormais, tous les éléments en notre possession le démontrent : les volumes sont en forte baisse, lorsqu’il ne s’agit pas d ‘effondrement pur et simple. Ainsi, le crédit immobilier a significativement chuté par rapport à la même période de l’an dernier, avec une diminution de 6 à 7% sur le premier trimestre, mais une baisse cumulée de 11% sur la globalité du premier semestre laissant augurer une baisse des ventes … ou des prix.qui se creuse [1][2]. En juin, je qualifiais cette baisse de « non désastreuse », sur la base des éléments connus alors, mais en soupçonnant que la réalité était largement plus morose ; j’émettais même l’hypothèse qu’un début de panique, liée aux volumes, des professionnels pouvait expliquer leur communication sur la baisse des prix, que je trouvais un peu artificielle et très exagérée.
Depuis, un certain nombre d’indicateurs ont donné corps à cette hypothèse en démontrant, d’une part, que les volumes étaient effectivement en forte ou très forte baisse, que ce soit dans l’ancien, avec, notamment, une baisse de près de 20% des ventes sur Paris intra muros [6], une note des notaires estimant cette baisse à environ 25% dans les métropoles de province [3], ou dans le neuf, avec dramatique –34% des ventes sur le neuf (après un désastreux –27% au T1) [4][5], d’autre part, que les prix, même si leur évolution a été extrêmement médiocre au printemps, sont plutôt, pour l’instant, en baisse que réellement en chute générale.
La baisse des prix, une réalité qui s’impose.Soyons bref : ce qui est confirmé pour l’instant par la plupart des indices est encore une baisse et non un krash, mais, désormais, l’évocation d’un krash n’est plus une chimère colportée par d’obscurs forumeurs du fin fond d’internet, mais une possibilité sur laquelle il est possible d’argumenter.
Le début d’année et le printemps ont été marqués par une cascade de nouvelles moroses pour l’immobilier : les indices instantanés de la F NAIM et de P** ont marqué le pas durant cette période qui aurait du montrer un retour des affaires. Si la belle saison a, comme prévu, redonné quelques couleurs éphémères aux vendeurs, le sursaut des prix constaté en 2006 et 2007 a été extrêmement limité cette année : même si l’indice FNA** est reparti à la hausse de 0,9% ce printemps (corrigé à 1.5% depuis). Il faut garder à l’esprit que ce résultat, sur la période de référence traditionnellement la plus faste de l’année, correspond en réalité plutôt à une légère baisse, voir une stagnation, si on corrige pifométriquement (nous n’avons pas les éléments pour faire mieux) des variations saisonnières.
Pour entrer dans le détail, les éléments à notre disposition dépeignent (P**, F NAIM, immonot sel0ger), en ce beau mois de Septembre, une France dans laquelle les prix de l’immobilier ont entamé une baisse. Cette baisse est plus ou moins franche selon les indices : l’indice P** continue au même niveau depuis maintenant 2 ans, mais on note désormais qu’il est pratiquement au plus bas de ses faibles variations des douze derniers mois. La baisse est encore limitée mais semble prendre de l’ampleur pour la FNA** ; immonot n’ayant pas, pour l’heure, remis à jour ses évaluations du marché
Nous avions signalé, à juste titre, que les chiffres (provisoires) qui évoquaient un début de crash au T2 étaient trop isolés pour être considérés comme significatif ; la remarque apparaît, à posteriori comme pleinement justifiée, puisque l’indice définitif de la FNA**, publié en Juillet, a totalement corrigé le chiffre crashiste de Mai (-3.3% sur les maisons). Cependant, depuis, de nouveaux indices provisoires (celui de Juillet : -3.5% sur les maisons et celui d’Aout –1.1%/-1.9%) ont élargis le faisceau d’indices en faveur de la possibilité d’une évolution crashiste. Plus largement, les « coups de belier » constatés depuis quelques mois dans les indices FNA** suggèrent des évolutions brutales dans la structure des ventes, ce qui laisse soupçonner des blocages très nets sur certains marchés … probablement les plus chers, sans qu’on puisse en être sûr.
En tout état de cause, le retournement dépeint par l’indice phare (celui de la FNA**) qui, jusqu’ici se faisait sans la brutalité constatée sur l’évolution des volumes de ventes, commence à montrer des signes de mouvements beaucoup plus brusques. Ainsi, les indices affichent des évolutions de –0,9% au T4 2007, -1% au T1 2008, +0,9% au T2 2008 , mais un maussade –3% sur les deux premiers mois du T3 ; une fois tenu compte des variations saisonnières, ils dépeignent une retournement qui commence désormais à ressembler à un atterrissage « lourd », sans qu’on puisse encore parler de début de krash.
De fait, il semble que les prix, qui avaient continué à augmenter à un rythme de plus en plus faible jusqu’à mi-2007, ont stagné à l’automne dans un marché qui s’est brutalement contracté avec la crise des subprimes et la montée des taux qui a suivi, pour finir par entamer une baisse de plus en plus franche (mais partiellement masquée par la belle saison au printemps) depuis le début de l’année.
Le retournement semble, d’autre part, pour l’instant, épargner un lieu qui résiste encore et toujours à la baisse des prix : Paris intra muros. Ces derniers mois semblent néanmoins marquer le crépuscule de la région IdF : en effet, le dernier indice provisoire des notaires, pour le mois d’avril (soit le début 2008 terrain) [6], dépeint une région globalement en légère baisse –au mieux en stagnation-, ou seul Paris continue à voir ses prix augmenter, sur un rythme cependant nettement ralentit , à peine supérieur (4.2%) à l’inflation en annualisé, soit moins de la moitié du rythme constaté 5 mois plus tot [3].
Mais il est nécessaire, d’insister sur une nouveauté concernant la région IdF, à savoir le blocage complet des ventes : globalement, si les prix n’ont pas baissé sur la région, le nombre de transactions a chuté d’environ 12% par rapport à l’an dernier ; pire, Paris, seule zone ou les prix continuent de monter, est victime d’un effondrement des transactions (-18%).
Il est, bien entendu, inutile de préciser que cette situation de chute de la demande face à une offre désormais pléthorique ne pourra sans doute pas perdurer longtemps avant un ajustement drastique des prix.
I-1-b) Des chiffres des notaires qui ont repris leur retournement, revenant en ligne avec les autres indicateurs.L’indice des notaires publié début juillet, qui correspond en fait aux affaires négociées à l’automne 2007, montre des prix qui, en évolution brute, ont reculé de 0.8%, ce qui est très cohérent avec l’évolution de l’indice FNA** sur la même période de référence (-0.9%).
Il ne faut cependant pas perdre de vue que cet indice (des notaires), corrigé des variations saisonnières, est encore en progression de 0.4%. pour la période de référence (l’automne 2007 terrain).
Les chiffres à publier début octobre par les notaires pour le second trimestre 2008 devraient confirmer l’indice FNA** sur la période de référence terrain couvrant T1 2008 ; ce dernier (qui nous sert à anticiper l’indice INSEE), sur cette période apparaissait en baisse de 1%. Une fois corrigé (pifométriquement) des variations saisonnières, l’indice INSEE/notaire devrait donc apparaître en légère baisse sur un trimestre, pour la première fois depuis plusieurs années, confirmant le retournement amorcé en 2006/2007.
Cette anticipation est confortée par les chiffres provisoires de la région parisienne.
I-2) Neuf sinistréL’annonce d’un effondrement du neuf [4] (-27% par rapport au même trimestre 2007), confirmée depuis lors du second trimestre (-34%), a fait, en début d’année, l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel serein jusqu’ici occupé par le « wishful thinking » de l’atterissage en douceur.
Cette nouvelle doit certes être relativisée car, si les stocks apparaissent importants, seule une faible partie de ce chiffre, environ 3500, correspondrait à des programmes déjà terminés, le reste n’étant qu’en cours de construction ou simplement engagé. Pour autant, on doit noter que ce chiffre de 3500, aussi faible puisse t’il paraître, est en nette augmentation par rapport au trimestre précédent (2600), suggérant un début d’ « embouteillage » ; de plus, cette situation du neuf, aboutissement d’une dégradation progressive sur ces deux dernières années, est d’autant plus préoccupante que les stocks sont désormais historiquement haut (110 000) et en progression constante (+5% sur le trimestre).
Il est patent que la profession cherche désormais à ralentir la construction pour adapter l’offre [4], mais il est évident que, dans ces conditions, certaines entreprises du secteur vont commencer à « avoir faim » et seront tentées de vendre leurs avoirs (logements, mais aussi foncier) à prix réduits. D’autre part, il semble, en dépit des affirmations optimistes de leurs représentants, que les promoteurs n’aient pas anticipé particulièrement bien cet effondrement : les enquêtes INSEE montrent que la dégradation brutale de leur moral, au printemps, n’a fait que suivre, et non précéder, les chiffres de la chute des ventes.
Surtout, si le recul affecte logiquement les Robiens, dénoncés ici même, et depuis longtemps, comme des bombes à retardement, les professionnels admettent que la baisse des volumes est aussi ressentie sur le segment des résidences principales, ce qui n’était pas forcément prévu..
On peut donc émettre de sérieux doute sur la capacité de la profession à réduire la voilure face à une crise des ventes aussi nette ; il est probable que l’augmentation des stocks se poursuive pendant encore plusieurs mois.
I-3) Des professionnels qui ont un vague à l’âme de plus en plus évident et qui appuient à la baisse.De nombreux professionnels communiquent désormais ouvertement à la baisse, certains n’hésitant pas à tabler sur celle-ci pour faire repartir les volumes [2]. Ce discours n’est pas réellement une nouveauté, car il est apparu il y a déjà plusieurs mois, mais il est désormais repris d’une manière de plus en plus insistante par les médias.
Cette communication est visiblement motivée par une la baisse est très nette sur le nombre de ventes, et un début de baisse des prix, qui, même si il se confirme dans les différents indices, ne justifie pas encore totalement une communication aussi ouvertement catastrophiste. On doit se demander si en réalité, les professionnels, inquiétés par le blocage de plus en plus net des transactions, qu’ils subissent et évaluent en direct, et par les désastres Espagnols et Américains, n’ont pas choisis délibérément de « sur jouer » une baisse des prix qui est, dans les faits, tout juste entamée..
On perçoit ici les intérêts divergents entre, d’une part, les professionnels qui ont avant tout intérêt à maintenir les volumes de transactions, et les vendeurs particuliers qui souhaitent maintenir le prix de LEUR bien.
[1] baisse de 6% des crédits :
http://www.lexpansion.com/patrimoine/im ... 53513.html[2] Baisse de 11% du marché des crédits immobilier au premier semestre
http://www.infosimmo.com/Baisse-de-11-d ... s-319.html[3] Les volumes dans l’ancien seraient équivalent à ceux de la période 1993-1994, en chute de 25% dans les grandes métropoles de province :
http://www.lavieimmo.com/actualite-immo ... 01893.html[4] Les ventes de neuf regressent de 34% au second trimestre par rapport à 2007, peu d’inquiétude chez les promoteurs
http://www.lemoniteur.fr/actualite/immo ... D61EED.htm[5] recul de 27% des ventes de neuf
http://www.lesechos.fr/patrimoine/immob ... 268245.htm[6] -20% de transactions à Paris intra-muros
http://www.paris.notaires.fr/UPLOAD/fil ... ai2008.pdf[7]
http://www.housepricecrash.co.uk/index.php[8] indice shiller
http://www2.standardandpoors.com/spf/pd ... 082653.pdf[9]
http://www.usinenouvelle.com/article/le ... ril.137504