Le flou, qui règne entre les prévisions, permet aux études de faire osciller les besoins de logement entre 180.000 unités par an et 300.000 unités par an. Un gouffre. Pour masquer la faible dénatalité et justifier de nouvelles constructions, le gouvernement a recours à des tautologies :
La population française devrait stagner dans les années à venir. Oui, mais ... les spécialistes du bâtiment nous expliquent qu'il faut étudier le nombre de ménages (personnes vivant seule ou en famille).
D'après certains spécialistes de l'immobilier, le nombre de ménages augmenterait régulièrement en raison de la décomposition des familles. Une ineptie lorsque l'on sait que le taux de divorces est stable depuis les années 1980 et que le PACS rencontre un grand succès, preuve que les familles se recomposent. Les effets du divorce sur le logement étaient identiques en 1980 et en 2004.
D'après notre avis, l'augmentation récente du nombre de ménages est liée à l'entrée dans la vie active des enfants des baby-boomers.
Par contre, l'INSEE n'a jamais étudié avec précision l'impact du départ en maison de retraite des personnes âgées. Pour nombre de spécialistes, il est impossible de maintenir à domicile une large population de personnes âgées. A partir d'un certain âge, une personne âgée peut rencontrer des difficultés dans les tâches de la vie courante : monter les escaliers, conduite une voiture pour se rendre au supermarché, gérer ses comptes courants, faire sa toilette, etc ...
On peut s'étonner que la problématique ne soit pas étudiée avec plus de précision. Est-ce parce qu'il faudrait alors dégager d'énormes crédits et multiplier par dix le nombre de maisons de retraite ?
Si le nombre de ménages n'augmente pas, les spécialistes ont un nouvel argument : les logements ... seront plus grands. Il faudra donc détruire et reconstruire plus grand. La preuve : le nombre de logements a doublé depuis 1945, avec des surfaces en hausse. Mais c'est oublier que la fin de la guerre et le baby-boom étaient une période de développement sans précédent.
En multipliant le nombre prévisionnel de logements (stable) par la surface moyenne des logements (en hausse), on arrive donc à prouver qu'il faut construire de nombreux mètres carrés supplémentaires. C'est le serpent qui se mort la queue.
Le problème, c'est que les papy-boomers sont nombreux et se partagent de vastes logements, construits dans les années 1950 et 1960 pour de grandes familles. Seront-ils être tentés de quitter leurs grands logements pour habiter de petits appartements? Aux Etats-Unis, le besoin en grands logements existe, mais il s'agit d'un pays en forte croissance démographique.
En France, en raison du déclin démographique, pourquoi ne pas réutiliser les logements à l'abandon, ayant autrefois appartenu à des personnes âgées ?
Selon des études prospectives concernant l'habitat, l'INSEE prévoit que la population française pourrait atteindre 64 à 65 millions d'habitant en 2025, puis décroître lentement pour revenir à peu plus de 60 millions d'habitants à l'horizon 2050. Sur cette base, l'INSEE estime le nombre de logements à 29,6 millions d'unités en 2050 (contre 28,7 millions en 1999).
En 2050, la France pourrait compter (seulement) 900.000 logements supplémentaires par rapport à 1999. Même en comptant les constructions consécutives aux destructions, ce chiffre est très bas. Sans redressements statistiques (ménages, divorces, surface-en-hausse, etc ...), les hypothèses à 5 ans, à 10 ans et à 20 ans font apparaître des besoins très faibles.