D'après le théorie de l'antimite, les ravages de la chute des marchés immobiliers sont tels (déflation, faillites personnelles, destruction des immeubles pour laisser la place à des espaces verts, maisons invendables après 5 à 10 années tombant en ruine - autant de traces visibles dans le paysage et dans la société), qu'il faudra désigner des responsables.
Le coupable n'est autre que le mythe de l'immobilier, qui pourrait être systématiquement tourné en ridicule, trouvant paradoxalement une solution à sa survie. Mais cette survie n'est possible que dans la surenchère et la banalisation du mythe.
Il était déjà stupide de faire appel aux mythes pour expliquer la hausse des prix de l'immobilier. Il sera encore plus stupide d'utiliser de l'antimite pour expliquer l'effondrement des prix. Nous allons connaître une véritable staracédémisation du mythe de l'immobilier et de ses mythes annexes.
Pour établir un parallèle avec le marketing, le mythe de l'immobilier est à l'antimite de l'immobilier, ce que le produit de terroir est au produit générique de marque Auchan. Un pâle dérivé que tous les consommateurs seront obligés de consommer, du matin jusqu'au soir.
Quelques exemples :
La présence de transports en commun donne-t-elle de la valeur à un bien immobilier ?
Et bien, non : le RER fait peur, car on ne peut pas prendre le train après 20 heures le soir. La présence de transports en commun explique l'effondrement des prix de l'immobilier. Qui voudrait encore vivre à 500 mètres d'une gare et à 10 minutes de Paris ?
Les personnes âgées sont-elles responsables de la chute des prix de l'immobilier?
Bien sûr, puisqu'ils ont vendu leurs biens immobiliers en période de bulle haute. Les ménages jeunes, ayant investi des sommes folles dans des appartements minables de 80 m2, ne sont pas responsables. D'après la thèse de l'antimite, les retraités sont seuls responsables de la bulle immobilière passée.
Ce mythe est resurgi de manière locale dans la ville d'Enghien-les-Bains, dans le département du Val-d'Oise en France.
Depuis le début 2004, les prix de l'immobilier stagnent. Si vous interrogez certains habitants, on vous désignera un responsable : le restaurant McDonald's, situé au 42 rue Général de Gaulle, accusé d'attirer sur Enghien-les-Bains une population indésirable.
Une forme dérivée de ce mythe est constituée d'accusations à l'encontre du restaurant Turc situé en face de la gare d'Enghien-Les-Bains, accusé d'attirer des délinquants.
Ce mythe est en fait un grand classique, une résurgence d'un vieux mythe des années 1980, qui accusait McDonald's de vendre de la viande avariée. Cet exemple montre que les mythes peuvent se marier et se combiner. Il permet d'étayer l'hypothèse que la flambée des prix de l'immobilier a bien une racine mythique.
Comme on peut le constater, le racisme n'est jamais loin. En cas de chute importante des prix de l'immobilier, on peut s'attendre à ce que les populations de couleur et les minorités religieuses soient la cible des mythes.